Le Nord-ouest de la Grande île s’embrase

Publié le par Alain GYRE

Le Nord-ouest de la Grande île s’embrase

19.06.2017 Notes du passé

 

Le chef de bataillon Lamolle, dans un de ses rapports, évoque l’insurrection du Nord-ouest de Madagascar. Comme il a été écrit précédemment, tout commence le mercredi 26 octobre 1898, jour faste, par l’attaque du poste de milice de Marotolana par « une bande de rebelles ». Le combat dure toute la nuit et finalement, les assaillants s’éloignent du lieu de combat.

En effet, en présence du nombre grossissant des rebelles, le garde Ettori détruit son poste et cherche à regagner la côte. Mais dans sa fuite, il est attaqué. Il perd la vie dans l’affaire ainsi que plusieurs de ses miliciens.

Les insurgés se dirigent ensuite sur Ambalavelona, siège du centre administratif de la Grande terre et poste de milice. Le commis Frontin et deux Européens qui se trouvent avec lui, sont massacrés et le poste tombe au pouvoir des insurgés. L’on se rappelle que Frontin avait ravi Boenizary à son mari, sœur aînée du roi Tsiaraso I, avant de la renvoyer à son frère dans un état indigne de son rang.

Le mouvement d’insurrection se généralise dans le Bas-Sambirano, et les colons qui ne peuvent s’échapper à temps, sont tués. Leurs établissements et leurs plantations sont, en outre, saccagés et détruits de fond en comble.

Dès que les nouvelles de ces troubles parviennent à Nosy Be, des mesures immédiates sont prises pour porter secours aux Européens et tenter de rétablir l’ordre.

Aussitôt, le « Fabert » débarque sa compagnie divisée en deux groupes: l’un doit punir tout désordre à Nosy Be, l’autre est dirigé sur la Grande terre, direction Ambala­velona. Le croiseur se rend ensuite à Mahajanga pour annoncer la nouvelle à Antananarivo. Pendant ce temps, l’administrateur Chauvot se rend avec quelques miliciens à Marotolana pour tenter de secourir le garde Ettori, dont il ne retrouve pas la trace.

Dès qu’il a connaissance de ce mouvement, le général en chef Gallieni forme de suite à Mahajanga une compagnie de marche sénégalaise, commandée par le capitaine Laverdure et ordonne son prompt transport sur la Grande terre. La partie de la province de Nosy Be sur la Grande terre, est érigée en Cercle annexe dont le commandement est donné au capitaine Laverdure. Ce dernier a ainsi tous les pouvoirs pour accomplir sa mission de rétablir l’ordre et de localiser le mouvement.

Embarqué à Mahajanga, le 2 novembre, par le « Pourvoyeur », le détachement du capitaine Laverdure composé de trois officiers, cinq sous-officiers, cent quarante quatre Sénégalais et quarante deux miliciens, débarque à Ankifiny le lendemain. Une section est dirigée sur Ambalavelona pour relever les marins du « Fabert ».

« Chauvot et le roi Tsiaraso avaient rejoint Ankifiny avec les marins. Le capitaine Laverdure reçut la visite du roi Tsiaraso qui lui fournissait les porteurs qui lui étaient demandés, mais qui ne lui donna aucun renseignement. »

C’est donc à tâtons que l’officier s’engage le lendemain dans le pays. Le roi Tsiaraso et son frère l’accompagnent dans sa marche sur Ambalavelona, mais sur sa route tous les villages sont déjà abandonnés. À Ambalavelona, Laverdure rencontre quelques rares habitants et quelques Indiens qui gardent leurs magasins. Malgré la situation défectueuse de ce point, il y laisse un poste dirigé par le sergent Berthier pour en faire le chef-lieu provisoire du Cercle annexe. Il cherche à obtenir quelques renseignements des prisonniers enfermés dans ce poste, mais en vain.

Le capitaine Laverdure poursuit sa battue vers l’intérieur du pays. « Le village de Benavony était abandonné, mais toutes les ressources étaient intactes. Pour éviter toute déprédation, il bivouaqua avec sa troupe pour éviter tout acte de pillage. »

Le 7 novembre, le groupe traverse les villages Ambolobozy et Malilio, ils sont aussi abandonnés.

« Dans la journée, on rencontra un groupe des gens de Benavony (l’ancien village emporté plus tard par une crue) avec le chef de ce village, qui était rassuré et que l’on engagea à faire rentrer les absents. »

Le 8 novembre, le groupe arrive à Marotolona. Le village est complètement abandonné, mais les cases sont intactes. Un amas de cendres et de bois calcinés est sur le sol. Dès le lendemain, le poste est reconstitué avec un sergent, trente tirailleurs et dix miliciens.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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