Les colons spolient la population

Publié le par Alain GYRE

Les colons spolient la population

15.06.2017 Notes du passé

 

Bien avant la colonisation de la Grande ile, la France, à travers ses explorateurs, a déjà commencé à explorer le pays pour pouvoir établir des concessions. En 1897, plus exactement le 16 juillet, le président de la Répu­blique française, Félix Faure, prend deux décrets mis en application par le général Joseph Simon Gallieni par un arrêté du 23 août. Le premier porte sur le règlement de la propriété foncière à Madagascar, le second sur l’organisation du domaine public.

« Et le général Gallieni appuyait ces dispositions réglementaires par la circulaire N°243 en date du 20 juillet 1897 qui dépossédait entièrement les indigènes de leurs terres ancestrales et les obligent à émigrer vers d’autres régions » (« Ambalavelona ou l’insurrection anticoloniale dans le Nord-ouest de Madagascar en 1898» de Cassam Aly Ndandahizara).

On y lit cependant ce paragraphe-ci sur « les réserves indigènes. Vous n’êtes pas sans savoir quelles causes d’animosité entre colons et indigènes sont entretenues par les incursions du bétail sur les terres des colons. Vous devez donc réserver, pour les indigènes, des terrains assez vastes pour éviter des difficultés que je vous signale, et vous les établirez d’après le chiffre des têtes de bétail qui vous sera indiqué par les fokonolona et la richesse des pâturages de la région. »

Les colons abusent alors de ces recommandations et les Antimoro, gardiens de leurs concessions, s’emparent des bœufs qui pâturent à proximité et les poussent à l’intérieur des concessions: les animaux deviennent ainsi propriété de leurs patrons. De quoi faire fuir les autochtones vers les montagnes avec leurs troupeaux.

Le mont Tsaratanàna devient le refuge des Sakalava du Sambirano qui y rencontrent les Antankarana de la plaine de la Mahavavy et les Tsimihety de la région d’Ankaizina, eux aussi victimes des nouveaux venus appelés « colons ». « Ils avaient pour noms Lesueur, Creux, Courtois, de Rougemont, Mersannes, Castel, Giraud, Millot, Desloy, Bras, Gourbel, Bleusez, Ardoin, etc. »

Le général Gallieni publie d’autres arrêtés. Celui N°1110 en date du 4 novembre 1897 porte sur l’organisation et la mise en place des services de la conservation forestière. Celui N°1111 du même jour crée à Diego-Suarez et Nosy Be des bureaux de sous-conservations forestières où devront s’effectuer plusieurs activités: immatriculation des immeubles (constitution des titres de propriétés, conservation des actes relatifs aux immeubles) et inscription des droits et charges sur les propriétés immatriculées.

Cependant, le raz-de-marée des colons ne s’arrête pas aux noms cités précédemment. L’Ankaizina, la Mahavavy et le Sambirano dans le Nord-ouest sont vantés comme les contrées les plus riches de Madagascar.

D’après Paul Locamus, dans son livre intitulé « Vingt ans de séjour à Madagascar », « la baie d’Ampasindava offrait des ressources qu’on ne pouvait trouver nulle part ailleurs. L’Ankaizina est le grand réservoir qui fournit des bœufs à la consommation de toute la partie Nord de Madagascar. Les plaines de la Mahavavy et du Sambirano contiennent des troupeaux de plus de 10 000 têtes de bétail; la volaille abonde partout; les fruits s’y récoltent à profusion; on peut dire que c’est la région de Madagascar où tout navire peut, le plus facilement, se ravitailler ».

Et de poursuivre: « Erreur d’avoir fait Tananarive la capitale, erreur le développement

de la ville de Tamatave, villes factices appelées à disparaître; erreur d’avoir fortifié Diego-Suarez; erreur la construction du bassin de radoub, etc. »

De ce fait, le Nord est devenu la région la plus colonisée de Madagascar et Paul Locamus est le prétendant bénéficiaire de « la plus vaste concession de Madagascar attribuée par le président de la République française, Émile Loubet ».

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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