Les donneurs d’ordre du soulèvement du Nord-ouest

Publié le par Alain GYRE

Les donneurs d’ordre du soulèvement du Nord-ouest

22.06.2017 Notes du passé

 

Roi des Sakalava bemazava du Sambirano (1895-1919), fils du roi Monja, Tsiaraso I participe à la deuxième guerre franco-hova.

Il a de nombreuses raisons de ressentir de la colère contre les Français. Après l’annexion de 1896, contrairement à son attente, il assiste à la razzia par les colons des terres de son royaume.

Ce qui provoque l’émigration des Sakalava avec leurs bétails vers d’autres horizons,

surtout en hauteur, parfois déjà occupés. Sa sœur est également enlevée par le milicien Frontin d’Ambalavelona qui la traite comme une simple roturière. Pour couronner le tout, les impôts ne rentrent plus dans son royaume et, de passage à Nosy Be le 8 juillet 1898, peu avant que n’éclate la révolte, « le général Gallieni le menaçait de destitution s’il n’exécutait pas les instructions » (Ambalavelona ou l’insurrection anticoloniale dans le Nord-ouest de Madagas­car en 1898 de Cassam Aly Ndandahizara).

Le 25 octobre 1898, éclate l’insurrection connue par les Sakalava sous l’appellation de « Ady t’Ambalavelona » au cours de laquelle les gardes de milice et les colons du Sambirano et de l’Ankaizina sont massacrés. Soupçonnés, Tsiaraso I, Tsialana II et la reine Binao, les trois souverains de la région en plein soulèvement, sont placés en résidence surveillée par le

capitaine Laverdure à Ambato.

En 1900, ils sont conduits à Antananarivo, auprès du général Pennequin qui assure l’intérim du général Gallieni en congé. Il y est alors décidé, en substance, que les terres attribuées aux colons se limiteraient à celles comprises dans le périmètre de colonisation. Tsiraso I portera le nom posthume d’Andriamandilatra­rivo, le prince-qui-surpasse-les-mille.

Tsialana II, lui, succède à son père Tsimiaro I sur le trône (1883-1922), dans le royaume antankarana entièrement sous la souveraineté merina, hormis l’archipel Mitsio où il réside. Il participe, lui aussi, à toutes les hostilités franco-hova (1883-1885, 1894-1895) qui se déroulent dans son royaume, dirigeant ses troupes sur tous les fronts. Mais plus tard, déçu et mécontent des Français, il prendra aussi part à l’insurrection du Sambirano en y envoyant des troupes sous le commandement de Djaokely. Son frère Mamba, accusé d’être à la solde des Merina, est exilé par les Français sur l’île Sainte-Marie où il décède en 1898.

Tsialana II quitte Nosy Mitsio en 1896, pour se fixer dans le village actuel d’Ambatoaranana pour réorganiser un royaume complètement maltraité pendant plus de cinquante ans. Il est le premier roi antankarana enterré suivant les rites musulmans. Il porte désormais, à titre posthume (fitahia), le nom d’Andriamagnorogniarivo, le-prince-rebâtisseur-des-mille.

Binao, la reine des Sakalava bemihisatra (1880-1923) est encore enfant lorsqu’elle succède à sa mère Safy Mozongo, fille cadette d’Andriantsoly. Elle règne sous la régence de son père Bebaka. Celui-ci est ensuite nommé gouverneur, fonction qu’il quitte le 18 mars 1907. Quant à son demi-frère Amada, il est désigné comme gouverneur adjoint,  par décision du chef de la province de Nosy Be.

Quittant l’îlot Kisomamy qui a été la résidence de sa mère, Binao se fixe à Ampasimena sur la Grande terre. Comme les deux autres rois du Nord-ouest, elle participe aussi aux deux conflits franco-merina, aux côtés des Français, en fournissant des hommes pour renforcer les troupes françaises sur le littoral de leurs royaumes. Et comme ses pairs, mécontente, elle confie à Mataopiso la direction des forces sakalava bemihisatra lors de l’insurrection contre les colons.

« Après l’accord d’Antananarivo en 1900, n’ayant pas d’enfants, femme intelligente et

généreuse, elle sut faire profiter à ses proches son droit à l’attribution des concessions. »  À son décès, elle est enterrée à Tsinjoarivo, au cimetière (Mahabo) royal de Nosy Komba, ce qui viole son vœu testamentaire. Toutefois, en 1941, pour respecter son désir, ses restes

mortuaires sont transférés (magnaingafia) à Manongarivo, sur l’île de Nosy Be.

Son nom posthume est Andriamanjakam­boniarivo, la-princesse-qui-règne-au-dessus-des-mille.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Cassam Aly Ndandahizara

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