Mayeur, victime d’un litige entre Antankarana

Publié le par Alain GYRE

Mayeur, victime d’un litige entre Antankarana

02.06.2017 Notes du passé

 

Malgré les bonnes dispositions de Lamboeny à recevoir Nicholas Mayeur, Corby et leur escorte, leur entrevue le 8 juillet 1775 dans la résidence du roi à Antsohihy, est quelque peu perturbée par un différend interne. Depuis longtemps, le roi est en litige avec l’un de ses cousins.

« Cet homme ayant tué un particulier d’un coup de fusil, Lambouine avait ordonné la peine du talion que le meurtrier avait subie sur le champ. Le jugement venait d’être exécuté quand nous arrivâmes. »

Bien que nullement concernés par l’affaire, les deux Français manquent de devenir des victimes car les parents des défunts prétendent qu’ils sont la cause de cette tragique affaire pour avoir « falsifié l’eau-de-vie » qu’ils ont vendue. « Et l’on conclut dans l’assemblée qui se tint à ce sujet, à nous exterminer tous pendant la nuit comme des empoisonneurs. Lambouine fit tout ce qu’il put pour amener ses gens à un parti plus modéré. »

Mais voyant que cela ne fait qu’aigrir les esprits et craignant un soulèvement général, le Mpanjaka envisage de passer une partie de la nuit avec les étrangers. « Nous lui donnâmes amplement à boire pour qu’il ne pensât pas non plus à nous quitter.< » Ne le voyant pas venir et sachant que les Français sont au fait de leur intention, les sujets du roi n’osent rien entreprendre. D’après Mayeur, ces intrigues sont dues à la malveillance du roi des Sakalava qui, en apprenant son voyage dans le Nord, a expédié des espions déguisés en marchands arabes.

Le lendemain, Lamboeny les envoie chercher pour « boire le vin de miel ». Mayeur et Corby en profitent pour parler affaires, mais le Mpanjaka le reporte à une date ultérieure, une partie de ses gens étant occupée à des funérailles.

Le 10 juillet, la conférence débute par le serment du sang pour marquer l’amitié et la fidélité, et se termine par un kabary. Une autre rencontre est prévue le lendemain, dont l’objectif est de réconcilier Lamboeny et son oncle Malay Mainty, qui se disputent l’autorité. « Nous en vînmes à bout non sans peine. Malaye Mainthi reconnut les droits de son neveu et nous obtînmes par serment l’assurance qu’ils vivraient désormais en bonne intelligence. »

Le serment du 10 juillet permet d’aborder le sujet des affaires et l’objet principal du voyage des Français qui est l’exploration des côtes du Nord-ouest. Concernant la traite, Lamboeny tient à stipuler que « nous serions les seuls à qui on donnerait des bœufs aux prix habituels ». Ceux qui viendraient par la suite, les paieront au tarif pratiqué dans le Sud.

Lamboeny se propose ensuite de les accompagner pour leur faire connaître l’Ouest, mais pas dans l’immédiat. « Il adoucit ce refus momentané dicté par la circonstance, par un présent de vingt bœufs fait en commun au général » indique le baron Benyowski. Mayeur envoie à ce dernier à Louisbourg dans la baie d’Antongil, le 17 juillet, quatre émissaires pour rendre compte du résultat de son voyage jusque-là. En attendant leur retour, les Français établissent leur campement où flotte leur pavillon  et font construire des cases.

D’autres, envoyés précédemment à Rondo pour faire de la traite de bœufs, rentrent successivement les 26 et 27 juillet et leur apportent une nouvelle sur des Blancs dont le navire s’est échoué. « Deux vaisseaux se sont cantonnés à l’ouverture de la baie; l’un d’eux, un Français, a pris la fuite et a été poursuivi jusques par le travers de Sambava où il a été pris. Il s’est sauvé de ces vaisseaux deux hommes et une femme qui sont venus dans une chaloupe s’échouer à Bemarivou. Ils ont aperçu du monde sur le rivage et ont fui dans le bois, laissant dans la chaloupe un ballot de toile bleue, un sac d’argent et un sabre d’officier des volontaires. » La nouvelle du naufrage est confirmée par Manjakarivo qui vient d’arriver chez son cousin Lamboeny.

Les deux courriers envoyés le 17 juillet à Louisbourg reviennent le 23 août, n’annonçant rien de neuf. Mais « quand chacun se fut retiré, les deux hommes vinrent voir Mayeur pour lui apprendre que le roi des Sakalava avait offert 200 bœufs au commandant général Benyowski.» À cette occasion, une grande assemblée s’est tenue à Louisbourg, qui devient tumultueuse et a eu des conséquences inattendues. Mayeur leur ordonne de ne rien dévoiler sur cette affaire.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo :  Archives personnelles

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