Conte: Le souverain

Publié le par Alain GYRE

Conte: Le souverain

Le souverain

            Voici, paraît-il, l’origine de la royauté. Il y avait un homme qui vivait à l’écart ; tous ses parents étaient morts. C’était un sage, il n’avait pas son égal.

            Lorsque, pour suivre les procès et les disputes, la foule du village se précipitait vers le tamarinier, lui seul restait chez lui. Un jour, il y eut un grand procès dans le village ; le chef y convoqua tout le monde, jusqu’aux plus petits. Seul le sage ne quitta pas sa maison. Un messager vint chez lui :

- Je suis envoyé par le chef, dit-il, pour vous inviter à assister au jugement.

 

.- Je n’irai pas, répondit-il. Je suis souffrant, dites-le-lui de ma part.

Lorsque cette réponse lui parvint, le chef déclara à l’auditoire :

- Allons tous chez lui, car je ne me sens pas capable de conduire seul ce jugement.

Tout l’auditoire se leva et se rendit chez le sage. Lorsqu’on y fut arrivé, on lui dit :

- Ce n’est pas pour nous disputer avec toi, que nous sommes venus ici, mais bien parce que nous ne savons absolument pas comment résoudre cette affaire.

- Que voulez-vous donc ?  je vous remercie de votre confiance, dit-il.

Puis Sans-famille, c’était son nom, s’adressa aux deux parties adverses :

- Accepterez-vous de vous soumettre à mon jugement, ou non ?

- Nous nous y soumettrons !

Il commença alors à interroger, sut aussitôt la vérité et prononça le jugement.

Cela se renouvela souvent.

Finalement, quand quelqu’un portait une cause en justice, le chef répondait :

- Portez-la au Roi de la Parole. Et tous les jours, lui seul rendait des jugements. Ce nom de Roi de la Parole lui resta.

Mais voici ce qui arriva. Il était bien le souverain, mais au partage des amendes il n’y avait rien pour lui.

Un jour, il réunit toute la population et s’adressa ainsi à elle :

- je vous ai appelés, oh ! menabé (citoyens), non pas pour vous accuser, mais pour vous poser une question : je prononce sans cesse les jugements, où est donc mon salaire ?

Tous les citoyens se regardèrent les uns les autres en l’entendant, sans pouvoir répondre un mot.

- il a raison, dit le chef. Jusqu’ici, il n’a jamais reçu de salaire, bien que ce soit lui qui tranche toujours les plus difficiles questions.

Eh bien ! lui dirent ses concitoyens. Puisque tu n’a pas reçu de salaire, le pays tout entier et ses habitants seront entièrement à toi. Toi seul pourras réviser cette loi. Elle restera en vigueur jusqu’à tes plus lointains descendants. Ce sera une loi de fer et de pierre, à perpétuité, que rien ne pourra changer ! si tu condamnes à mort, l’exécution se fera aussitôt. Si tu acquittes, la mise en liberté suivra pareillement.

C’est ainsi que fut créé le roi.

 

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