Les Anglais très impliqués dans les affaires malgaches

Publié le par Alain GYRE

Les Anglais très impliqués dans les affaires malgaches

07.07.2017 Notes du passé

 

Après avoir présenté l’ile de Madagascar, et l’avoir située dans le contexte de l’époque, la brochure américaine de 1883 commence à critiquer la démarche malgache (lire notre précédente Note) et surtout les Anglais.

Pour l’auteur anonyme de la brochure qui cite la « Contem­porary Review » anglaise, ces derniers se sont engagés « dans une grande mesure, à donner quelque appui au gouvernement hova par les paroles prononcées par notre envoyé spécial près de la reine Ranavalona, l’année dernière. Le vice-amiral Gore-Jones donna à plusieurs reprises confirmation de l’accord (au sujet de l’indépendance de l’ile) et encouragea le gouvernement hova à consolider son autorité sur la côte Ouest. Ce langage incita les Hova à entreprendre sur cette côte, une action qui servit de prétexte à l’actuelle intervention française ».

La brochure américaine explique alors le « véritable motif » de cette intervention française: la non exécution par les reines Rasoherina et Ranavalona II du traité conclu entre Radama II, assassiné, et les Français Lambert et Laborde. En outre, le traité franco-malgache signé à Antananarivo, le 8 août 1868, contient une clause annexe.

« Art.4: Les Français à Madagascar jouiront d’une complète protection pour leurs personnes et leurs propriétés. Ils pourront comme les sujets de la Nation la plus favorisée et en se conformant aux lois et règlements du pays, s’établir partout où ils le jugeront convenable, prendre à bail, acquérir toute espèce de biens immeubles et se livrer à toutes les opérations commerciales et industrielles qui ne sont pas interdites par la législation intérieure. Les baux, les contrats de vente et d’achat et les contrats d’engagement de travailleurs seront passés par acte authentique devant le consul de France et les magistrats du pays. »

Ainsi selon la brochure américaine, « le gouvernement français est en droit de demander l’exécution de cette clause, dont le refus a été la principale cause de leur désaccord avec le gouvernement hova ». Malgré ces traités, les Merina découragent l’établissement des étrangers, et aussi longtemps qu’il leur sera permis de limiter la possession de la terre par des baux de courte durée, « cette belle et riche ile restera le pays improductif qu’il a toujours été sous leur domination, et les pauvres et infortunés peuples de la côte Est, qu’ils ont conquis, attendront en vain l’introduction d’industries qui pourraient leur donner les moyens d’adoucir leur misérable condition ».

Pour les auteurs de la brochure américaine, ce traité n’annule pas les anciens droits de la France sur la possession d’autres régions de l’ile et il lui concède quelques privilèges. Les Anglais n’en sont pas satisfaits et espèrent l’expulsion des Français de l’île dont ils veulent faire « une Inde africaine ». Les Américains savent bien ce que cela signifie pour eux, et par l’intermédiaire de leur consul à Toamasina, M. Robinson, s’efforcent d’assurer l’équilibre des forces entre les Français et les Anglais.

La brochure cite alors le cas du « Stillman B. Allen » pour prouver la mauvaise foi britannique. « Ce navire américain a, à son bord, une cargaison d’armes destinées au gouvernement hova (ce qui est interdit par un accord franco-malgache) et l’agent britannique lui ayant assuré que le commandant du navire de guerre français stationné à Tamatave s’opposerait au débarquement de ces armes, M. Robinson (…) avertit le commandant français et le consul que le déchargement aurait lieu n’importe où, ce qui fut fait stupidement » (au détriment des Français). Le consul Robinson en conclut que « dans les affaires de Madagascar, il n’était pas sûr d’avoir une très grande confiance dans les dires des agents anglais ou des fonctionnaires hova ».

Et la brochure d’ajouter: « Le  meurtre en septembre dernier (1882) de deux Américains et d’un Français de leurs amis, montre avec évidence l’esprit bien connu manifesté par les Anglais dans toutes ces choses coloniales. » Il semble pourtant qu’il n’y a qu’un seul Américain tué, le prospecteur Emerson, assassiné près de la baie de Saint-Augustin, le 10 septembre 1882, car son compagnon Hulett réussit à s’échapper. L’autre victime tuée est le Français (ou Mauricien) Théodore Parent établi dans le Sud de Madagascar et qui servait de guide aux Américains.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/les-anglais-tres-impliques-dans-les-affaires-malgaches/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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