L’abolition de l’esclavage suscite des réactions

Publié le par Alain GYRE

L’abolition de l’esclavage suscite des réactions

03.08.2017 Notes du passé

 

Aucun trouble, si léger soit-il, ne s’est produit à la suite de la publication à Tananarive et dans les provinces de l’arrêté d’émancipation au bas duquel les indigènes lisent ma signature. » Le résident général de France, Hippolyte Laroche, en est fier quand il en fait part à son ministre dans l’un de ses rapports de quinzaine.

Jean-Pierre et Bakoly Domenichini le confirment, dans la revue universitaire d’études historiques « Omaly sy anio » de janvier-juin 1982, en écrivant : « Même les textes d’application conçus sous Gallieni, quand ils révèlent des désordres imprévus, font seulement état de faits assez curieux, soit en eux-mêmes, soit par les réactions qu’ils provoquèrent, mais qu’on a hésité a priori à qualifier de désordres. »

Les deux historiens mentionnent alors que ceux soulignés par le prince Ramahatra, dans son discours du 2 octobre 1896, traduisent en fait l’attitude de l’Andriana choqué notamment par ce qu’il appelle « des fêtes déplacées » célébrées par certains esclaves libérés.

Sa réaction est avant tout révélatrice du mépris qui accompagne le statut d’esclave. Elle semble participer « d’une représentation du monde fondant l’ordre social sur une opposition puissamment symbolique entre l’homme esclave, occupant le degré le plus bas de la hiérarchie, et la femme noble occupant le sommet ».

Dans son discours, le prince Ramahatra insiste d’ailleurs que cette opposition ne doit ni ne peut être remise en cause par l’abolition de l’esclavage. En revanche, celle-ci doit être simplement acceptée « parce qu’il n’est pas bon pour les Malgaches de rester en dehors du progrès des nations civilisées ».

Selon toujours les deux auteurs, Rasanjy qui fait fonction de Premier ministre, relève lui aussi dans sa circulaire du 2 novembre, que les désordres (ou les bruits qui en parlent) s’ils montrent effectivement que Laroche n’a pas tout prévu, n’indiquent pas non plus « la prise de conscience par certains maitres de l’inutilité des esclaves ». Ni qu’ils « se mettraient à chasser les esclaves libérés qui désiraient rester auprès d’eux ».

Il semble d’ailleurs que ces bruits viennent des esclaves libérés eux-mêmes, qui ont quitté leurs maitres soit de leur plein gré, soit chassés par eux . « Ils les auraient fait courir pour effrayer ceux qui restent attachés à leurs anciens maitres ». Car ces bruits affirment alors que s’ils continuent à rester avec ces derniers, ils demeureraient esclaves à jamais.

Et comme le précisent les deux historiens, aucun texte législatif ou réglementaire ne vient prouver que ces rumeurs soient suivies d’un quelconque effet et que leurs auteurs soient reconnus coupables devant la loi et passibles d’une peine d’amende de dix bœufs et de dix piastres, comme le stipulent les articles sur la propagation de fausses nouvelles.

Rasanjy met même en évidence que l’article 5 de l’arrêté abolissant l’esclavage répond au moins « autant à des soucis humanitaires qu’à des soucis d’ordre public ».

Mais tout n’est pas fini car c’est sans compter sur le « nouvel esclavage» instauré par les nouveaux gouvernants. Nouvel esclavage connu sous une autre appellation à travers les différents arrêtés relatifs au travail obligatoire et à la réglementation du travail.

À commencer par celui du 21 octobre 1896 qui justifie largement l’action des esclaves libérés.« Ceux-ci devaient avoir conscience d’avoir gardé, grâce à leur non-recensement sous la monarchie, une chance si minime  fût-elle, d’échapper à cette iniquité en s’éclipsant, soit pour disparaitre dans la nature, soit pour rejoindre les insurgés», concluent Jean-Pierre et Bakoly Domenichini.

Ils veulent parler des Menalamba. Et c’est sans doute la seule conséquence à l’abolition de l’esclavage à laquelle le résident général ne s’est pas attendu, croyant que tous les anciens esclaves seraient trop heureux d’être libérés du joug de leurs maitres et d’avoir un statut social.

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo: Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/labolition%E2%80%88de%E2%80%88lesclavage%E2%80%88suscite%E2%80%88des%E2%80%88reactions/

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