La timide relance de la filière du lait à Madagascar

Publié le par Alain GYRE

La timide relance de la filière du lait à Madagascar

Par Laetitia BezainDiffusion : vendredi 18 août 2017

 

Un Malgache ne consomme que 5 litres de lait par an, contre 20 litres par personne sur l’ensemble du continent africain

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A Madagascar l'économie laitière peine à se structurer. Production et consommation insuffisantes, problèmes de qualité des produits. Le secteur a été durement touché par la crise de 2009 et par la fermeture du groupe Tiko, qui approvisionnait la plus grosse part du marché. L'élevage laitier est encore modeste à Madagascar : la plupart des paysans n'ont que deux ou trois vaches. Le pays importe encore beaucoup de lait. Mais on observe une timide relance du secteur sur la Grande Ile, avec l'expansion de petites structures de production et d'entreprises de transformation plus organisées.

Vingt millions de litres de lait : c'est ce qu'importe Madagascar chaque année. En cause, la piètre qualité de la production locale, explique Mira Rakotondrandria, la directrice exécutive du MDB, le Malagasy Dairy Board, structure créée par le ministère de l'Elevage pour organiser la filière du lait.

« Les entreprises de transformation et les usines ont beaucoup de difficultés à collecter du lait de qualité. Il y a les collecteurs qui ajoutent des additifs, de l’urine, du bicarbonate de soude pour la conservation et de manioc et pour augmenter la densité ».

Pour rectifier le tir, le MDB a pris l'initiative d'envoyer des conseillers techniques sur place. Joseph rend visite une fois par mois aux éleveuses d'Ambohijafy, village à 15 km d'Antananarivo. Dans les étables, une affiche rappelle les règles d'hygiène

« Ces 10 commandements pour la traite : on se lave les mains, on met le lait dans un sceau en aluminium au lieu de le stocker dans un sceau en plastique. Et… il ne faut pas traire les vaches malades. »

Lalao a deux vaches laitières. Les collecteurs lui achètent le litre de lait 1 000 ariary, soit 29 centimes d'euros. « Nos vaches nous donnent environ 11 litres de lait par jour. Ce sont encore de petites quantités, cette activité n'est pas suffisante pour subvenir à nos besoins. Donc on cultive aussi les champs. Le vrai problème que l'on rencontre avec l'élevage de vaches laitières, c'est le fourrage. On n'en a pas assez pour les nourrir correctement. »

Une vache sous-alimentée qui donne donc moins de lait : 2 600 litres par an à Madagascar, loin des moyennes des autres pays du continent. Au Kenya par exemple, une vache produit 4 000 litres par an.

Dans sa petite étable de fortune, Soa n'a qu'une seule vache. L'éleveuse est un peu désabusée. « Nous les éleveurs nous voulons nous développer mais on n'a pas les moyens. L'Etat pourrait nous aider en nous fournissant du matériel ou en améliorant les infrastructures. »

Subvention de l'Etat inexistante, manque de moyens du MDB, la filière peine à se développer. Pour réussir, l'entreprise de produits laitiers Socolait s'est engagée directement avec 1 800 éleveurs locaux.

Philippe Penouty, son directeur: « C’est un accompagnement au quotidien, ce qui nous permet d’améliorer grandement la qualité du lait. Nous avons multiplié notre chiffre d’affaires par 2,5 en l’espace de 4 ans et demi. A ce rythme-là, nos besoins en lait frais vont être de plus en plus importants. »

Autre défi pour la filière : élargir sa clientèle. Le lait est un produit de luxe à Madagascar où 90% de la population vit avec moins de deux dollars par jour. Un Malgache ne consomme que 5 litres par an, contre 20 litres par personne sur l’ensemble du continent africain.

 

http://www.rfi.fr/emission/20170818-timide-relance-filiere-lait-madagascar

Publié dans Economie, Lait

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