Le Parti des déshérités pour s’occuper des Mainty

Publié le par Alain GYRE

Le Parti des déshérités pour s’occuper des Mainty

24.08.2017 Notes du passé

 

Après les premiers moments d’enthousiasme, les esclaves affranchis par le gouvernement colonial, sont vite désorientés. D’après Janine Razafindratovo qui mène une étude sur le village d’Ilafy dans cette localité, ancien Menabe (lire présidente Note), la plupart préfèrent rester auprès de leurs anciens maitres, les Hova, avec lesquels ils ont tissés des liens très forts. De plus, si les maitres constituent la sécurité, leurs terres manquent de bras. Jusqu’en 1946, ils partagent le même sort.

Puis quelques Hova deviennent citoyens français, selon la possibilité offerte sous le gouvernement Augagneur puis Cayla. Ceci pour remercier les « indigènes» qui font preuve de « loyalisme » ou d’opportunisme. Ainsi apparait au sein de la population, la différence indigène-français. De leur côté, les Mainty (terme surtout utilisé par l’auteure pour désigner les anciens Andevo) fournissent des auxiliaires à l’Administrationcoloniale, tels les chefs de village. Le conseil des notables comprend d’ailleurs des hommes des deux castes.

« Les Mainty n’oublieront jamais que ce sont les Français qui les ont libérés de l’esclavage des Hova. » Alors que ces derniers affichent une tradition nationaliste, excepté généralement les citoyens français, les Mainty suivront les conquérants qui apprécient leurs « habitudes d’obéissance ». Une barrière nouvelle sépare alors les deux castes, celle de la fortune créant celle de la classe.

Les Hova vont faire fructifier cet acquis. « Beaucoup deviennent fonctionnaires, commerçants, accèdent aux professions libérales, leurs enfants seront instruits c’est-à-dire que leur fortune leur procurera tous les avantages qu’elle peut faire acquérir. » Pour les Mainty, c’est tout autre. Ils deviennent les métayers de leurs maitres, partis à la ville s’ils ont conservé de bons rapports avec eux. « Sans fortune, ils s’enfoncent dans une dépendance qui ne cesse de croitre. »

Un parti politique vient alors à leur secours, le Parti des déshérités de Madagascar ou Padesm pour s’occuper de leurs conditions. Il est créé en 1946 avec l’accord de l’Administration coloniale, « soucieuse de s’appuyer sur une force qui contrebalançait l’action du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) ». Il apparait au sein des milieux côtiers.

Janine Razafindratovo donne la traduction d’un extrait du journal du Padesm, Voromahery, qui explique sa raison d’être. Il s’agit essentiellement de faire entendre une revendication ethnique en faveur des côtiers et des « côtiers déracinés que sont les Mainty enin-dreny (les serfs royaux) et les affranchis qui, jusqu’ici, ont été déconsidérés et négligés, et dont l’évolution, dans l’ensemble, présente un retard effrayant sur les autres » (à savoir les Merina). Et ce, alors qu’ils comptent dans leurs rangs « la presque totalité des vaillants tirailleurs malgaches de 1914-1918 et de l’immense majorité des héros malgaches de 1939-1945 ». Revendication d’une « place au soleil », précise le journal, pour « pouvoir discuter d’égal à égal avec ceux qui voudraient ne nous tenir qu’en remorque dans une restauration de l’État malgache ».

Ici, il est question d’objectifs : lutte contre l’analphabétisme et les maladies, amélioration de la condition féminine, espoir de voir « abolir les castes, les salutations nobiliaires, les interdictions de mariages mixtes et de mésalliances, les discriminations de sépultures ».

Le Padesm s’oppose nettement au MDRM, accusé « d’être mené par le groupe ethnique dominant des Merina qui, ici, deviennent les artisans du retard économique, intellectuel, social, des autres parties de l’ile ». Il veut avoir son mot à dire, quoiqu’il déclare « n’avoir aucun préoccupation politique ».

Toutefois, des historiens affirment que le Padesm, aidé par l’Administration coloniale, n’hésite pourtant pas à s’attaquer à celle-ci. La contradiction entre les deux partis s’explique par les différences d’option politique de leurs membres. Selon les auteurs, leurs griefs s’adressent souvent tantôt aux Merina, tantôt aux Français. Les premiers sont souvent rendus responsables des situations créées par les Français.

« Le Padesm prête paradoxalement au royaume merina une puissance que celui-ci n’avait pas, en réalité, au-delà de ses frontières, et le rend responsable du retard des royaumes côtiers. »

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/le-parti-des-desherites-pour-soccuper-des-mainty/

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article