Antaly : Le village de la faim

Publié le par Alain GYRE

Antaly : Le village de la faim

6 septembre 2017

 

Quoi de plus important, dans une région où règne la famine, que la mobilisation de personnes aptes à fournir une aide égale et équitable à tous, et non à se servir comme c’est hélas trop souvent le cas. C’est ce que j’ai compris en allant à Antaly, un village lointain du district d’Ampanihy, dans le sud-ouest de l’île, frappé par le kere (famine).

Harinasoa passe son assiette à son fils qui n’avait pas assez à manger.

Sur cette terre épineuse, tout est déforestation, manque de pluie, parentalité non planifiée, mauvaises routes et malaso (voleurs). L’aide arrive, parfois réelle, parfois ridiculement insuffisante. Les sacs de Plumpy’Nut (aliment à base d’arachide utilisé en cas de famine) et de Plumpy’Soup (soupes) sont déchargés des voitures et jetés sur le sable. De même des médicaments, de l’argent, tout un tas d’équipements servant à l’aide d’urgence qui peuvent toutefois attirer la convoitise.

 

Ampelakolo (9 mois) sous-alimentée avec des complications de santé.

Dans un centre de santé de base, je retrouve une des familles victimes du kere (famine). Harinasoa est une mère célibataire de 26 ans, son benjamin Sena a une insuffisance pondérale et sa dernière fille est gravement malade. Leur alimentation quotidienne, comme beaucoup ici, se compose de maïs bouilli et de plantes épineuses. Les dépenses moyennes journalières de la famille sont de 500 ariary. Au moment où j’arrive, Sena en est déjà à son troisième sachet de Plumpy’Nut, un mélange doux d’arachide, de lait sec, de sucre et d’autres additifs qu’il avale goulûment. La nourriture est emballée sur l’île et distribuée par les organisations humanitaires.

Andanomaina avec sa fille sous-alimentée au Centre Sante de Base

Trois sachets par personne et par jour sont distribués. Toutefois, l’employé de l’ONG a prescrit 21 sachets pour Sena.

On demande aux mères de garder les sachets vides et de les remettre à chaque visite pour prouver qu’ils ont été consommés. Bien que les sachets soient étiquetés « non destinés à la vente », les magasins d’alimentation autour de l’île les proposent entre 800 et 1 500 ariary. D’après les observateurs, ce sont les familles elles-mêmes qui les revendent pour empocher l’argent.

Trois sachets par personne et par jour sont distribués. Toutefois, l’employé de l’ONG a prescrit 21 sachets pour Sena.

Plumpy’ Nut (aliment à base d’arachides) est une nourriture fade difficile à avaler, les mères doivent les forcer à se nourrir souvent.

La recherche de nourriture est la principale activité des habitants d’Antaly. Loin de la mer, le régime saisonnier est constitué de mangue, tamarin, pommes de terre sauvages, plantes épineuses feuilles et tubercules de manioc. Le riz est un luxe et la viande un privilège. Sena passe la plupart de sa journée près de l’entrée de la cuisine, guettant le signe que le repas est arrivé. Après les repas, il scrute les plats de ses frères et sœurs pour manger les restes. A la tombée de la nuit, son ventre vide ne le laisse pas dormir, il pleure pour avoir plus de nourriture devant une mère impuissante.

 

Alvin (9 mois), atteint de malnutrition.

Peu importe combien de temps il faut prendre pour remonter la Route nationale 10, il faut rentrer. Mais les nouvelles ne sont pas réjouissantes. Peu après mon arrivée, j’apprends que des employés d’ONG ont volé et vendu des aliments.

Dans l’une d’elle, plus de 60 tonnes d’aide alimentaire (riz, maïs, huile) se sont envolées ; dans une autre, tous les chauffeurs et gardiens sont en prison pour vol d’équipement et de matériels destiné à des projets de sécurité alimentaire préventive, d’une valeur de plus de 15 000 euros.

Au cours de ma dernière semaine à Ampanihy, 28 nouveaux cas de malnutrition ont été ajoutés à la liste des centres de santé de base de la ville et le nombre de victimes de la faim augmente. Les bénéficiaires reçoivent à peine de quoi survivre. Et pour cause, en chemin chacun s’est servi ne laissant que le strict minimum aux bénéficiaires. C’est un fait que les politiciens et la corruption constituent un obstacle majeur à la réalisation d’un véritable changement à Madagascar. On demande d’urgence hommes de bonne volonté…

Texte et photos : Zanakyny Lalana

 

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