Mesures spéciales pour Européens et assimilés

Publié le par Alain GYRE

Mesures spéciales pour Européens et assimilés

19.10.2017 Notes du passé

«La discrimination entre Européens et indigènes rappelle les inégalités sociales. Celles entre les différentes catégories indigènes renforcent l’image du colon protecteur face à une administration oppressive. Le colon peut, à la limite, apparaître comme tout à fait capable d’éloigner la peste. Les relations avec les Européens se révèlent utiles. » C’est ce que constate Faranirina V. Esoavelomandroso durant la période pendant et après l’épidémie de la peste dans la capitale en 1921.

Pendant toute la période où les indigènes sont soumis à une règlementation sévère, écrit-elle, c’est-à-dire jusqu’en 1932, Européens et assimilés ne sont astreints qu’à cinq jours d’observation à leur arrivée à destination. Cette mesure spéciale s’applique aux conducteurs d’automobiles et aux domestiques malgaches qui les accompagnent et dont ils ont l’entière responsabilité.

En outre, en n’adoptant pas les mêmes dispositions sanitaires à l’égard de tous les administrés, « le pouvoir colonial contribue à enraciner le mythe d’une maladie qui épargne les Malgaches amis des Européens (mahay vazaha). L’historienne raconte une rumeur publique tananarivienne annonçant que le Dr C.R., citoyen français, est gravement malade ».

Mais grâce à ses relations avec les vazaha, « il ne sera pas pesté ». Les  inégalités dans le contrôle entretiennent dans l’opinion indigène l’idée d’inégalité devant une maladie somme toute « inventée par les colonisateurs pour prouver l’étendue de leur pouvoir ». Car « la brusque apparition en pleine période coloniale d’une maladie inconnue jusque-là en Imerina, suffit à certains Malgaches pour justifier cette interprétation de la peste ».

Les colons, plus préoccupés par la prospérité de leurs affaires, joignent leur voix à celle des Malgaches jusqu’en 1926, année qui vit officiellement l’apparition des premiers cas de peste au sein de la population européenne.

« Faisant parler, dans l’un de leurs journaux, un tireur de pousse, ils rappellent que la peste n’a pas sévi du temps du gouvernement hova, car celui-ci était assez puissant pour réprimer les maladies épidémiques comme le ramanenjana».

D’après Faranirina V. Esoavelomandroso, le pouvoir colonial ne semble pas, en effet, capable de juguler le fléau, malgré les lourdes obligations qu’il impose à l’administration d’exiger de la collectivité diverses prestations. « Avant que les lazarets ne fonctionnent, l’onisolait le malade et son garde dans une maison, ce qui revenait en fait, en cas de peste pulmonaire, à condamner les deux personnes à une mort certaine.» Il a alors fallu songer à isoler les malades et leurs contacts dans des camps d’observation. À Antananarivo, dans les premières années, écoles et églises des quartiers est de la ville (Ambohimiandra, Ambanidia, Mahazoarivo) servent de lazarets.

Dans les campagnes, la construction de lazarets incombe aux fokonolona. D’après le service de l’Assistance médicale indigène (AMI), ces établissements « incommodes et insalubres » ne comportent qu’une pièce « devant abriter ensemble les pestiférés » et les contacts « ne répondent ni au but poursuivi, ni aux exigences ». Ils restent inutilisés. Aussi les membres du fokonolona estiment que « l’administration saisit ce prétexte de l’épidémie pour renforcer une oppression qui aboutit, en fait, à un gaspillage de travail ». En outre, les Malgaches subissent les impacts de fréquentes rivalités entre l’administration et les services techniques.

Exemple dans la région d’Ambohi­dratrimo: pour construire des lazarets selon les normes d’hygiène requises, le médecin- inspecteur de la circonscription d’Antanana­rivo se plaint au chef du district de ne pas bénéficier d’une main-d’œuvre gratuite, alors que l’AMI se charge de payer les matériaux et les ouvriers spécialisés. Par contre, pour les bâtiments construits par l’administration, les fokonolona doivent aussi fournir les matériaux. « Conflits de compétence qui n’échappent pas aux indigènes et trouvent leur solution dans un supplément de corvées, dont la rentabilité est fort discutable. »

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Agence nationale Taratra

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/mesures-speciales-pour-europeens-et-assimiles/

Publié dans Histoire, Notes du passé, Peste

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