Poème: Le bien vieux - J.J. RABEARIVELO

Publié le par Alain GYRE

 

Le bien vieux

J’avais bien vu des vieux et des vieux

avant de placer mes deux mains

dans celles de celui qui sait lire le Sort

dans les paumes,

avant de les lui offrir

pour qu’il y cherchât les monts et les plaines

cultivés par mon étoile.

J’avais vu des vieux et des vieux,

mais pas un comme celui-là.

La nuit de ses cheveux d’antan

était remplacée par la pleine lune de sa calvitie,

entourée d’un mince buisson blanc ;

et sa bouche qui ne savait plus parler

qu’aux ancêtres qui l’attendaient,

balbutiait comme celle d’un enfant,

bien qu’elle révélât l’Inconnu.

Que pouvaient encore voir ses yeux lourds des jours vécus ?

Captive y était sa jeunesse !

Captive sans espoir d’évasion !

Et quand il me regarda, quand il explora les monts et les plaines

dans le creux de mes mains,

quand son regard éteint croisa le mien

et y devina une flamme pacifique,

je crois encore que sa jeunesse s’y débattait,

s’y débattait en pure perte !

Mais non ! la captive put briser ses liens

et fut délivrée :

elle était réincarnée dans la mienne,

selon la croyance du bien vieux

qui se mirait en moi.

 

Jean-Joseph RABEARIVELO

Presque-Songes 1934

 

 

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