Un enseignement qui prouve son échec

Publié le par Alain GYRE

Un enseignement qui prouve son échec

07.10.2017 Notes du passé

Alain Escaro, à la suite des études de Claude Maron en 1973, se penche sur la politique extérieure du gouvernement Ramanantsoa vue par Lumière. Ce, après avoir rappelé le cadre général dans lequel sont évoquées les relations entre Madagascar et le monde occidental avec, en tête, la France (lire précédentes Notes). D’après l’auteur, trois domaines sont également abordés  par Lumière, à savoir l’enseignement, l’économie et la défense, les deux premiers étant « sous-tendus par le thème de la malgachisation ».

Dès le numéro du 2 janvier 1972, dans son article sur la réélection du président Tsiranana, André Ravatomanga pose le problème. Il constate ensuite : « C’est pourtant l’un des résultats les plus positifs de cette année 1971, que le démarrage réel d’une malgachisation dans tous les domaines, qui rompt avec tous les atermoiements et les hésitations des dix années précédentes. Une véritable révolution bien qu’elle n’ait pas été perçue comme telle. »

Le même numéro, mais dans la rubrique « L’actualité malgache en quelques lignes », condense la plupart des nouvelles relatives à Madagascar et rend compte, entre autres, du Colloque des enseignants de français qui se termine le 22 décembre 1971, plus particulièrement du rapport de synthèse qui fait état des réformes de l’enseignement et de la formation des maitres. Le numéro du 13 février 1972 mentionne « l’aide de la France à l’Université de Madagascar ». Alain Escaro indique que les problèmes de la Francophonie sont posés à l’occasion de la session à Antananarivo du Conseil africain et malgache de l’Enseignement supérieur, suivi de la Conférence des ministres de l’Éducation des pays francophones (février 1972).

Lumière, selon l’auteur, aborde clairement le problème fondamental débattu à l’occasion : « Comment adapter un enseignement- qui a plutôt fait, jusqu’ici, la preuve de son échec- aux réalités concrètes du pays où vivent l’enfant et l’adolescent que l’on entend former ? » L’hebdomadaire catholique y répond sans ambages : « Former des hommes pleinement intégrés dans leur milieu social et dans leur nation en recherche de développement : tel est bien le but de toute éducation vraie. »

Il illustre cette réponse en parlant, dans le même numéro, de la formation au développement dans l’enseignement à Madagascar. « La prise de conscience de l’échec d’un enseignement issu de la vieille politique de coopération inadaptée aux réalités sociales, économiques et nationales, semble donc vive dans l’hebdomadaire malgache en ce mois de février 1972 », commente Alain Escaro.

Dans le même numéro, on peut aussi lire les résultats de la réunion mixte franco-malgache de l’Enseignement supérieur, notamment « l’engagement du gouvernement français à donner son appui aux orientations du gouvernement malgache». À savoir « développer l’Enseignement supérieur dans les provinces, développer également les formations technologiques professionnelles, former des maitres, malgachiser l’Université ».

Enfin, Lumière livre, le 12 mars, des extraits de l’allocution du recteur de l’Université au Colloque du Cames, le 17 février. Le périodique catholique en retient que « l’Université doit se garder de la tendance isolationniste et que les enseignements doivent s’adapter aux réalités et aux besoins de Madagascar ». Une semaine plus tard, il annonce que le ministre des Affaires culturelles, Laurent Botokeky, obtient de la France, pour la prochaine rentrée, 252 enseignants « pour répondre aux besoins d’une assistance non plus de substitution, mais de formation… Dans l’Enseignement secondaire, 60 postes ont été malgachisés, chiffre record depuis l’Indépendance ! ».

Pour clore le sujet de l’Enseignement, Alain Escaro indique que les mêmes thèmes reviendront à propos du Colloque international sur les plantes médicinales. « Malgachi­sation, certes, mais aide aussi, donc implantation accrue de la France, maintien de relations étroites avec les autres États francophones : voilà ce que souligne Lumière en ces premiers mois de l’année 1972. »

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/un-enseignement-qui-prouve-son-echec/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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