« Fandrosoam-baovao » un journal exceptionnel

Publié le par Alain GYRE

« Fandrosoam-baovao » un journal exceptionnel

03.11.2017 Notes du passé

Lucile Rabearimanana est connue pour ses travaux axés , sur la presse malgache depuis ses débuts. Cette fois-ci, elle étudie un «grand» journal d’opinion, Ny Fandrosoam-baovao (1931-1959) de Gabriel Razafintsalama et, à travers celui-ci, elle rappelle les grands évènements qui marquent cette époque de la vie nationale (Revue d’études historiques Omaly sy Anio N°9 et N°11, 1979 et 1980).

Ny Fandrosoam-baovao, présente l’historienne, est un journal exceptionnel dans l’histoire de la presse malgache. « Il se distingue des autres organes de presse par ses conditions d’existence (longévité, qualité de son information et de ses articles, conditions de diffusion, milieux sociaux des lecteurs), mais aussi par les opinions politiques qu’il diffuse et défend. »

Les dirigeants du journal font d’abord partie du Comité de salut public fondé en 1943, dont la tâche avouée est de chercher une solution au problème de ravitaillement. Puis l’organe se fait remarquer, dès le Front populaire, dans sa lutte pour l’égalité des droits entre Français et Malgaches et pour l’accession de Madagascar au statut de département français. Mais après la seconde Guerre mondiale, il opte pour l’indépendance comme les autres journaux nationaux.

« Les conséquences de cette guerre sur les conditions d’existence des Malgaches, comme le contexte politique local et la conjoncture internationale, expliquent cette nouvelle orientation politique. »

Ainsi, jusqu’en 1956, Ny Fandrosoam-baovao luttera pour l’indépendance. Colonie française, Madagascar participe à la seconde Guerre mondiale aux côtés des Alliés et, de ce fait, doit fournir à la Métropole une aide économique substantielle. Et selon Lucile Rabearimanana, cet « effort de guerre » est l’occasion de privations multiples pour les Malgaches. D’autant que la Colonie n’est plus ravitaillée  par la France et doit vivre repliée sur elle-même.

En outre, une sujétion et une exploitation plus dures qu’auparavant s’exercent sur eux, « l’intensification de l’oppression étant le seul moyen pour l’administration de forcer les sujets à fournir cet effort de guerre ». Et se référant à l’ouvrage de Guérin du Marteray (Une colonie pendant la guerre ou les origines d’une révolte : Madagascar 1938-1947, 1977), l’historienne parle d’un « échec psychologique qui a réussi à faire déclencher une insurrection de grande envergure ».

Pour Ny Fandrosoam-baovao, la situation des Malgaches après cinquante ans de colonisation, justifie la revendication de l’indépendance pour Madagascar. Gabriel Razafin­tsalama fait remarquer, après analyses, que les réalisations économiques et sociales effectuées par les Français ne sont pas exceptionnelles. Au contraire.

Dans son édition du 26 janvier 1946, on peut lire : « Voilà : les cinquante ans qui viennent de s’écouler n’ont pas apporté grand-chose, aussi faudrait-il que l’on revienne aux cinquante ans d’avant pour que nous reprenions notre ancienne place. Non seulement, c’est accepté par tous les pays, mais encore ce n’est que justice. »

Lucile Rabearimanana note alors les circonstances et la période dans lesquelles ces critiques sont formulées à l’encontre des apports insignifiants, sinon moins, de la colonisation. Les années qui suivent la fin de la guerre sont une période où, dans la Grande ile, les nouvelles institutions permettent aux autochtones de s’exprimer librement et de participer à la vie politique. « C’est à qui se montrera le plus virulent contre la colonisation, l’on assiste même à une surenchère de violence verbale contre la colonisation… Mais cette position est purement de circonstance. »

Car au lendemain de l’insurrection, le journal pense autrement. Bien avant l’évènement de 1947, les militants du Mouvement démocratique de la rénovation malgache, MDRM, sont de plus en plus nombreux et actifs dans tout le pays. Et parallèlement, ils commencent à être pourchassés et leurs organes de presse ne peuvent plus se publier normalement.

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/fandrosoam-baovao-un-journal-exceptionnel/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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