Le pourquoi de la débandade d’Andriba

Publié le par Alain GYRE

Le pourquoi de la débandade d’Andriba

02.11.2017 Notes du passé

«La bataille d’Andriba ne s’est pas terminée par une retraite organisée, mais au contraire par une fuite, une débandade. » Manassé Esoavelomandroso renchérit : « Ce qu’on a pu prendre jusque-là pour une dérobade, un recul tactique ou une ruse de guerre visant à mettre l’ennemi en confiance pour l’attaquer au bon moment, s’est révélé une fuite  désordonnée, un sauve-qui-peut quasi général» («Le Mythe d’Andriba », revue d’études historiques Omaly sy Anio », N°1, 1975). Cette « fuite d’Andriba », présentée par les Malgaches comme « une grande bataille où les soldats de Rainianjalahy opposèrent une résistance héroïque mais vaine aux hommes du général Duchesne », a été expliquée ou justifiée de plusieurs manières.

On invoque alors le fait que les troupes royales peu nombreuses, mal ravitaillées et mal armées, n’ont pu avoir la maitrise du terrain. Ou que les  Merina, tout en faisant face à l’ennemi, ont dû s’efforcer de contrôler les « populations » qui leur sont soumises, mais les trahissent en aidant les Français. Ou encore que les raisons de la fuite sont à chercher au sein même de l’armée.

Sur ce dernier point, l’historien indique que « l’affaire d’Andriba » révèle l’inorganisation et la faiblesse de l’Armée merina en 1895, et son incapacité à assumer son rôle qui est de défendre le royaume contre l’envahisseur étranger.

Tout cela se traduit par une réalité : les troupes dirigées par Rainianjalahy, relativement bien armées et ravitaillées, « n’étaient ni homogènes, ni aguerries, ni bien commandées ». Les émissaires gouvernementaux chargés de l’enrôlement, recourent souvent à la force pour « désigner les pauvres à la place de riches ». Parfois, ils prennent des esclaves « rapidement affranchis » pour remplacer leurs maitres.

Bref, se retrouve au front une armée hétérogène composée d’hommes « dont la plupart étaient conscients de combattre pour perpétuer une situation qui ne leur était guère favorable ». Alors, on ne se bat que par peur d’être brûlé vif, selon le serment de Sahafa sous Radama Ier, si l’on tourne le dos à l’ennemi.

Les troupes de Rainianjalahy représente en fait, « une juxtaposition » de trois ensembles : les « débris » de l’armée d’occupation du Boina, les hommes envoyés en renfort d’Antananarivo  et les soldats recrutés dans le Vonizongo. À Tsarasoatra et à Beritsoka, chaque groupe avait son objectif à atteindre ou son secteur à défendre et se soucie peu de ce  que font les autres ou ce qui leur arrive.

Le 4 juillet d’ailleurs, le Premier ministre réagit à cette situation et ordonne à Raini­anjalahy et aux autres officiers de procéder à un amalgame pour que les trois groupes se retrouvent dans chaque ensemble.

Mais ces hommes sont mal dirigés. Car hormis ceux qui ont intégré l’École des cadets dirigée par le major Graves, beaucoup d’officiers « doivent leur grade à leur naissance, leur richesse et leurs relations avec les hommes importants de la Cour ». Autrement dit, certains n’ont de militaire que le titre qu’ils portent. « Et ils étaient nombreux ces officiers de parade ! »

Si nous ne citons que le cas de la nomination de Rainianjalahy, le Dr Hocquard écrit dans son ouvrage sur « L’expédition de Madagascar » : « Le gouvernement hova faisait ainsi d’une pierre deux coups : ce Rainianjalahy est un très riche banquier de Tananarive ; d’un caractère très énergique, il était homme à réussir un coup de main contre nos troupes et s’il échouait, on pouvait, sous prétexte de haute trahison, mettre la main sur ses richesses que l’on convoitait depuis longtemps dans l’entourage de la reine. »

Et Manassé Esoavelo­mandroso de conclure : « Mais le nouveau commandant en chef n’a pas réussi à donner aux hommes placés sous ses ordres l’envie de se battre, et la suite des évènements n’a pas permis non plus à ceux qui enviaient sa richesse, de faire main basse sur sa fortune ! »

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/le pourquoi de la debandade dandriba/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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