Tu te leurres - J.J. RABEARIVELO

Publié le par Alain GYRE

Tu te leurres,

toi qui as l’air d’un petit oiseau

égaré dans la forêt neigeuse qui va

jusqu’à la poitrine de Tagore,

de Whitman et de Jammes

qui remplacent le Christ sur ta couche,

puisque ce n’est pas la vieillesse du monde

ni celle du jour plusieurs fois millénaire

qui caresse ici sa barbe blanche

et épaisse comme l’oubli,

comme l’espoir et comme la brume des matins torrides,

là-bas, sur toutes les montagnes,

astrologue interrogeant les étoiles

et fumant une pipe en terre,

c’est sa jeunesse, ô mon enfant,

sa jeunesse éternelle :

métamorphosée

(peut-être grâce au chant des poètes que tu préfères

et qui créent pour toi une religion

dans ce silence sans fond

peuplé de colonnes et de fleuves,

de vivants et de morts)

elle n’est plus que l’ombre de tout le passé

et n’écoute que le seul présent.

 

Jean-Joseph Rabearivelo

Traduit de La Nuit 1935

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