École verte dans les rues de Tana

Publié le par Alain GYRE

École verte dans les rues de Tana

23.12.2017 Notes du passé

Un beau matin, Rakoto qui veut planter des arbres sur un terrain qu’il vient d’acquérir dans la proche banlieue d’Antananarivo, vient trouver Elie Jouve pour lui demander les espèces que l’on peut rencontrer  dans la ville afin de fixer son choix.

« Car, en fait d’arbres, Rakoto ne reconnait que les kininina » (Revue de Madagascar, Spécial de 1952).

• Elie Jouve : Mon cher Rakoto, vouloir planter des arbres est une excellente idée. C’est un bon  placement pour tes économies en même temps qu’une œuvre méritoire dans ce pays qui a trop longtemps été dénudé.

• Rakoto : Adrey ! Vazaha ! Peut-être gagnerais-je une médaille ?

• E.J. : Peut-être Rakoto ! Dans ce cas j’en serais satisfait pour toi. Alors allons voir les arbres. Vois-tu, sur l’avenue de la Libération (actuelle

avenue de l’Indépendance), ces grands « kininina »  comme tu les appelles ?

Ce sont des Eucalyptus robusta que nous avons plantés il y a quarante ans (années 1910). Ils dépérissent et sont peu gracieux. On a essayé de les remplacer par des Pins patula ou argentés d’origine mexicaine. Leur feuillage menu et retombant serait décoratif. Malheureusement, des vandales les ont abimés et les émanations des autos ou de l’asphalte leur font grand mal. Il nous faudra chercher d’autres espèces.

• R. : Et ce grand palmier devant l’Hôtel de Ville avec ses « zanaka » autour de lui ?

• E.J. : Le gros palmier est un Cocos flexuosa très gracieux avec ses longues palmes, mais à condition qu’on lui fasse de temps à autre un brin de toilette, qu’on élague les palmes mortes qui pendent sous son panache… Quant aux petits palmiers, ce ne sont pas ses enfants, contrairement à ce que tu croyais, Rakoto, mais d’autres palmiers d’une espèce différentes appelée Neodypsis ou farihazo

en malgache, très abondante dans la forêt de l’Est. Les jeunes palmiers que la ville a fait planter à Antsahavola sont également des Cocos flexuosa. Tiens passons par l’avenue de La Réunion pour admirer les magnifiques peupliers suisses ou peupliers de Caroline de la Place de Soarano devant la Gare… et, devant l’Institut d’hygiène social, les grands Grevillea. Et maintenant allons à la Place Colbert (Place de l’Indépendance à Antaninarenina)… Tu vois ces gros arbres en boule, pas très hauts, branchus, à la frondaison touffue, au feuillage vert sombre ? Ce sont des chênes de France, les fameux chênes de la Place, populaires parce qu’ils abritent sous leur ramure, les bancs où les oisifs discutent, mieux qu’à l’Assemblée représentative, les affaires du pays… À côté des chênes, ces grands arbres dépourvus de feuilles en hiver, mais surchargés de belles fleurs mauves en été, sont des Jacaranda. Splendides à l’époque de la floraison, ils font l’enchantement de Tana… et bientôt apparaitra leur feuillage aux nombreuses et fines folioles d’un joli vert tendre. À côté des chênes et des Jacaranda, voici les micocouliers, arbres méditerranéens, ici un peu rabougris, mais nous en verrons de plus beaux ailleurs. Sur la pente qui descend de la Place, ces grands arbres à fleurs jaune foncé sous lesquels tombent des gouttes d’eau, surtout quand le soleil chauffe, sont des Grevillea comme ceux que nous avons déjà vus à l’IHS. Beaucoup de personnes se demandent pourquoi il pleut ainsi sous eux… Eh ! bien, ces gouttes que tu pourrais prendre pour de la pluie, proviennent de la sève de ces pauvres arbres littéralement envahis par des sortes de cigales (jorery) qui piquent leur écorce et la font ainsi s’écouler. Parfois l’arbre dépérit et meurt. Ces mêmes insectes piquent également les Jacaranda et les pêchers.

• R. : Les deux beaux arbres ronds près des bassins qui se trouvent en face de la Résidence du gouverneur général (Palais d’Ambohitsorohitra) et que nous, Malgaches, appelons « ravintsara », quel est leur nom en français ?

• E.J. : Ce sont des camphriers, Laurus Camphrea, dont tu verras beaucoup de spécimens en ville. Leur port admirable, leur bel ombrage, la qualité de leur bois parfumé et veiné de brun clair méritent qu’on les propage dans ce pays.

• R. : Marina Vazaha ! J’aime beaucoup les « ravintsara ».

 

Recueilli par  Pela Ravalitera - Photo : Agence nationale Taratra

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/ecole-verte-dans-les-rues-de-tana/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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