Le grand amour des Tananariviens pour les fleurs

Publié le par Alain GYRE

Le grand amour des Tananariviens pour les fleurs

29.12.2017 Notes du passé

ÀAntananarivo depuis la colonisation, toutes les cérémonies familiales et religieuses, toutes les fêtes officielles s’accompagnent de gerbes de fleurs magnifiques. Ainsi, des naissances, baptêmes, communions, anniversaires, fiançailles, mariages aussi bien chez les Malgaches que dans les familles européennes. Même les cercueils des morts conduits au champ du repos, disparaissent sous d’énormes  couronnes et bouquets. Le cimetière d’Anjanahary « n’apparait pas comme une sinistre nécropole, mais offre l’aspect d’un grand parc ensoleillé, émaillé de couleurs éclatantes et de frais ombrages », décrit le botaniste Henri Poisson, en 1952.

Les avenues et les places sont ornées de massifs fleuris toute l’année et la direction des Parcs et jardins cultive sans arrêt, sur un vaste terrain, les plantes nécessaires à la décoration des squares et des boulevards. De plus, dans chaque maison particulière, si modeste soit-elle, on voit toujours quelques platebandes fleuries. « Entrez dans une de ces accueillantes demeures, vous allez y rencontrer une collection végétale qui ferait la joie et, peut-être en certains cas, le désespoir d’un botaniste. »

Le Dr H. Poisson donne quelques exemples. Les orchidées y vivent en plein air et donnent « généreusement » des grappes de fleurs étranges, aux parfums aussi variés que subtils. À côté de quelques raretés de la grande sylve orientale, adaptées au climat changeant de l’Imerina, « on remarque des espèces horticoles bien connues dans les serres de France, qui furent apportées depuis longtemps de l’Inde, de Ceylan (Dendrobiums et Cypripèdes), de La Réunion, de Maurice, de l’Afrique du Sud ou du Kenya, voire de l’Amérique (oncidium jaune, sobralia pourpre dont les admirables fleurons rappellent les Cattleyas) ».

On y contemple également la « comète », la plus grande orchidée de Madagascar avec son étoile blanc mat et ses longs éperons verdâtres (Angraecam sesquipetale) remplacée plus tard par une autre presque similaire, originaire des rochers de l’Imerina (Angraecum sororium) ainsi que de plus petites orchidées aux formes curieuses, « exhalant le soir une délicieuse odeur de vanille ou d’oranger ».

Chez quelques horticulteurs habiles et au Parc botanique de Tsimbazaza, se trouvent les deux magnifiques espèces de l’ile Sainte-Marie (Eulophiella Roempleriana et Eulophiella Elisabethae), « si rares et si recherchées dans les serres d’Europe ». Une autre, « rouge pourpre à opulents épis », venue jadis d’Amérique, adopte définitivement Madagascar comme seconde patrie. « Elle est devenue malgache, s’accommodant de tous les sols, de tous les supports, de tous les climats, vigoureuse et fleurissant toute l’année. On la rencontre dans les forêts côtières, mélangées aux espèces autochtones : c’est l’Epidendrum O’Briennianum. »

Dans les parties ombreuses et bien abritées des vents, indique également le Dr H. Poisson, fleurissent au début de l’année « l’Orchidée de la Reine » qui constitue dans l’Ankaratra, à Manjakatompo, de vastes pelouses  violettes (Calanthe warpuri), puis de belles espèces de phajus et de gastorchis ainsi que des disa. Ailleurs, de « gracieux palmiers aux larges frondes », une prodigieuse variété de fougères terrestres ou épiphytes (adiantes, méphrodiums, polypodes, cornes de cerf, etc.) voisinent avec les rosiers, les azalées, les hibiscus, les gardénias et les franciséas, ou des frangipaniers blancs ou roses aux odeurs pénétrantes. « Près des bassins, des arums, des montbrétia, des glaïeuls, etc. »

« En cette ville au charme prenant, tout le monde aime les fleurs et le commerce, qui en résulte, devient chaque jour plus important. » Des fleuristes professionnels, européens et malgaches, savent mettre en valeur cette richesse, et « leur goût et leur habileté réalisent des merveilles ». Pour conclure son article, le Dr Henri Poisson signale: « Les salons annuels de peinture montrent une belle proportion de toiles et d’aquarelles consacrées aux fleurs, et l’Académie malgache possède dans ses collections, une soixantaine de planches d’orchidées, œuvre du célèbre Ralambo, d’une grande valeur artistique. Et chaque année, les deux sociétés d’horticulture organisent des expositions fort réussies d’orchidées, plantes vertes de rocailles et fleurs coupées qui font l’admiration des visiteurs. »

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Agence nationale Taratra

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/le-grand-amour-des-tananariviens-pour-les-fleurs/

Publié dans Histoire, Notes du passé

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