Conte: Les enfants de la nymphe de mer

Publié le par Alain GYRE

 

Les enfants de la nymphe de mer

 

Il y avait un pêcheur qui, chaque jour, prenait beaucoup de poissons. Un  jour, il alla à la pêche, mais ne prit rien et rentra à vide chez lui. Le lendemain, tl y alla de nouveau, mais il ne prit rien non plus. Comme il se préparait à rentrer, une nymphe (sirène) se prit à la ligne. Il la tira ; mais lorsqu’elle fut près de la pirogue, elle lâcha la ligne. La nymphe fit cela trois fois, mais la troisième fois la ligne noua ses propres mains, et elle fut prise et embarquée.

Le pêcheur lui dit :

- Tu seras ma femme.

La nymphe répondit :

- Si tu peux respecter ce qui m’est interdit, je consentirai à devenir ta femme. Si, par contre, tu ne le peux pas, je refuserai net de l’être. En attendant je vais rentrer chez toi.

L’homme :

- Dis-moi tes interdits afin que le les sache.

La nymphe :

- tâche de ne jamais parler de branchies.

L’homme :

- Bien, si j’en parle, tu peux partir, aujourd’hui même.

Cependant l’homme avait déjà une femme à la maison.

Après un an de mariage, la femme de la mer fut enceinte et enfanta un garçon. Quand l’enfant commença à parler, la mère le laissa au  soin de sa compagne, étant elle-même obligée d’aller chercher du bois de chauffage. L’homme était sorti à la pêche.

- Garde mon enfant, je vais chercher du bois, dit la nymphe avant de partir.

- Oui, répondit l’autre.

Mais voici, cet enfant était très pleurnichard, et en le consolant sa marâtre chantait :

- bon ! bon ! enfant de la femme à branchies, prise à la pêche !

La femme de la mer sentait déjà les mots prononcés par sa compagne, car elle était clairvoyante. Lorsqu’elle arriva à la maison, en même temps que son mari revenait de sa pêche, elle dit :

- Voici l’enfant, traite-le bien, je veux m’en aller, car je ne suis qu’une femme à branchies prise à la pêche !

- Qu’est-ce que cela veut dire ? Explique-toi, dit l’homme. Je punirai quiconque t’a parlé de cela.

- Je n’ai rien à dire, répondit-elle, occupe-toi de ton enfant. Et malgré que j’habite là-bas, je connaitrai quand même ceux qui le traiteront mal, quels qu’ils soient.

Elle amena son mari et son enfant pour se baigner au bord de la mer. En y arrivant elle dit :

- Je pars maintenant. Je ne supporte plus la moquerie de ma compagne. Chaque jour elle me dit : « Femme à branchies, prise à la pêche ! » J’aime mieux partir que rester.

Ainsi elle partit et disparut dans les ondes.

L’enfant grandit et demandait toujours à son père où était le pays de sa mère.

- Ta mère s’appelle femme à branchies, elle demeure dans la mer, raconta finalement son père.

Alors le garçon apprit à plonger dans la mer ; il n’y manquait pas un jour.

Lorsqu’il plongeait, il restait sous l’eau aussi longtemps qu’il faut pour cuire du maïs ou du riz.

Quand il atteignit l’âge adulte, il y resta pendant toute la journée. Il n’avait pas besoin de pirogue pour pêcher, mais il prenait les poissons à la main. C’est pour cela qu’on l’a appelé Ibibidrano, c’est-à-dire la « bête de la mer ».

On trouve encore aujourd’hui des descendants de cet homme. C’est une race noire et très grande.

 

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