Conte: Origine de tous les animaux

Publié le par Alain GYRE

 

Origine de tous les animaux

 

Il y avait autrefois, dit-on, un homme d’une nature particulière, qui était sorti de la terre, que personne n’avait créé et qui s’appelait Ratovoana. Il passait son temps à abattre des arbres dans la forêt. Avec le bois de ces arbres il faisait des animaux de toutes espèces, chacune comprenant mâle et femelle ; des bœufs et des vaches, des chèvres et des boucs, des coqs et des poules, des poissons et jusqu’aux insectes, depuis le plus grand jusqu’au plus petit. Chacun de ces animaux était fait de la grandeur qu’il a aujourd’hui et Ratovoana leur donnait même les couleurs que nous voyons maintenant sur leurs poils, leurs plumes, leurs écailles ou leur carapace.

Un jour Zanaharibe, qui habitait les régions supérieures, envoya son fils Rakobonkobona (Celui qui se couvre la tête de son vêtement) sur la terre afin de savoir ce qui s’y passait. Celui-ci rencontra Ratovoana qui terminait un grand bœuf noir à tête blanche. Sur la tête de ce bœuf de longues cornes effilées se courbaient gracieusement. Sa bosse bien pleine se dressait grosse et ferme. Bien campé sur ses pattes, la tête haute comme pour mugir, il ressemblait beaucoup  plus à un taureau qu’à un bœuf châtré.

Le fils de zanaharibe ne prit pas la peine de saluer Ratovoana et lui dit brusquement :

- Qui es-tu ?

Ratovoana leva la tête et répondit tout aussi brusquement :

- Je suis un Zanahary !

- Tu es un Zanahary ?

- Oui, je suis un Zanahary.

Le fils de Zanaharibe, tout surpris, ne poussa pas plus loin ses recherches. Il remonta au plus vite chez son père et il lui raconta ce qu’il venait d’entendre et de voir.

- Nous allons bien voir si c’est un Zanahary, dit Zanaharibe, nous allons le mettre à l’épreuve.

Il envoya sur la terre une grabde pluie qui produisit partout des torrents et des inondations. Mais Ratovoana avait deviné les desseins de Zanaharibe. Il construisit une espèce de grand navire en bois, solidement ponté et une petite pirogue. Lorsque les nuages et les orages convoqués par Zanaharibe accoururent des montagnes et des lacs dans lesquels ils habitent, Ratovoana s’embarqua dans sa pirogue, gagna son navire qui était mouillé un peu au large, s’y enferma et attendit. La pluie tomba pendant quarante jours sans s’arrêter un seul instant. Mais Ratovoana était à l’abri dans son bateau.

Lorsque la pluie eut cessé, Zanahafibe envoya à nouveau Rakobonkobona sur la terre. Celui-ci vit Ratovoana assis à l’ombre d’un tamarinier, au bord d’un clair ruisseau et fabricant encore des animaux en bois pour remplacer ceux que l’inondation avait entrainés. Tout près de lui une pirogue était attachée à une racine de palétuvier, et, un peu au large, sur la mer, le navire à l’ancre se balançait doucement ;

Il remonta chez son père et lui raconta ce qu’il avait vu. Zanaharibe envoya alors sur terre un grand cyclone avec des trombes, des éclairs terribles et de la grêle. Mais Ratovoana, prudent et avisé, fit aussitôt de hautes montagnes percées de cavernes pour se mettre à l’abri. Ce sont les montagnes d’Andranovo, Amomby, Marangibato, etc. La terre et les rochers qu’il dut enlever pour faire ces montagnes laissèrent de grands trous que les eaux de pluie remplirent : et ce fut l(origine des lacs qui les environnent.

Les cavernes finies, Ratovoana s’y installa, alluma son feu à l’intérieur et emmagasina une provision de bois. Il continua tranquillement à tailler ses statues et les disposa au fur et à mesure dans les cavernes.

Le cyclone dura vingt jours . au bout de ces vingt jours, Zanaharibe envoya de nouveau son fils en émissaire afin de voir ce qu’était devenu Ratovoana. Il ne le trouva pas. La case était démolie et le tas de bois que Ratovoana avait amoncelé pour tailler ses statues avait été brûlé par la foudre. Il n’en restait que cendres et charbons.

- Peut-être est-il mort, dit l’envoyé ; peut-être a-t-il brûlé ?

Et il éparpilla les cendres et le charbon avec un bâton pour trouver des  débris de son cadavre. Comme il ne trouvait rien, il regarda de tous côtés et vit de la fumée au sommet d’une montagne très haute. Il s’y rendit et y trouva Ratovoana, sain et sauf, toujours occupé à tailler ses morceaux de bois.

Zanaharibe, tout surpris, dit alors à son fils :

- Apporte-lui ma canne en ébène, qui a partout la même grosseur et dis-lui de distinguer, parmi les deux bouts, celui qui est le pied et celui qui est la tête.

Mais la canne avait à chaque bout des marques différentes que Ratovoana distingua.

- Voilà la tête, dit-il, et voilà le pied. Zanaharibe me prend-il pour un enfant qui pleure encore sa mère ?

- Eh bien ; dit Zanaharibe, nous allons cette fois l’embarrasser.

Il confia à son fils de vaches de même poids, de même taille, de même robe, absolument semblables en un mot t il lui dit :

 - Que Ratovoana distingue la mère de la fille !

Ratovoana attacha chacune d’elles à un arbre isolé et attendit. Au bout de quelques instants, la mère inquiète de ne plus voir sa fille, beugla pour appeler et celle-ci tira sur sa corde en lui répondant doucement.

- Voilà la mère et voilà la fille ! dit ratovoana.

Rakobonkobona remonta chez Zanaharibe et lui raconta ce qui s’était passé.

- Oh ! Oh ! dit-il, cela est bien extreordinaire. Je vais trouver moi-même ce Ratovoana afin de savoir exactement ce qu’il est et ce qu’il vaut.

Il descendit et trouva Ratovoana en train de travailler ?

- Bonjour ! dit Zanaharibe.

- Bonjour ! dit Eatovoana.

- Que faites-vous et qui êtes-vous ?

- Je suis un Zanahary et je travaille à faire des animaux de toute espèce.

- Mais, si vous êtes un Zanahaty, pourquoi ne faites-vous pas marcher vos animaux ?

- Je suis un Zanahary, c’est vrai, dit Ratovoana, mais je ne sais pas faire la vie. Je ne sais faire que les corps, seulement. Et vous, qui êtes-vous ?

- Je suis Zanaharibe, le chef des Zanaharianambo, qui habitent les régions supérieures.

- Mais, si vous êtes Zanaharibe, pourquoi ne faites-vous pas des corps d’animaux comme moi ?

- C’est parce que je ne sais pas faire les corps. Je sais donner la vie seulement ?

- S’il en est ainsi, dit Ratovoana, nous allons faire chacun ce que nous savons faire. Mettez la vie dans le corps de tous les animaux que j’ai fabriqués :

Zanaharibe appela alors son fils et il lui dit :

  • Va chercher la bouteille blanche qui se trouve sur la table, à l’est de notre case !

Celui-ci monta très vite et revint au plus vite avec la bouteille. Elle était pleine d’un liquide un peu épais, blanc comme la sève du cocotier. Zanaharibe frotta chacun des animaux avec une goutte de ce liquide. Aussitôt tous les animaux de bois devinrent des animaux ayant vie et respirant. Chacun d’eux partit pour le lieu que Ratovoana lui assigna : les bœufs et les chèvres broutèrent l’herbe des prairies ; les oiseaux volèrent dans l’air ou se perchèrent sur les arbres ; les poissons peuplèrent les eaux des rivières et de la mer ; les chiens partirent dans la forêt et la brousse, où ils vivent encore à l’état sauvage ; les hommes enfin se groupèrent en familles et construisirent des villages.

Cela fait, Ratovoana et Zanaharibe décidèrent ainsi :

- Comme nous sommes des Zanahary, l’un des choses d’en haut, l’autre des choses d’en bas, et que nous avons fait, nous deux, tous les animaux vivants, lorsque ces animaux mourront chacun de nous reprendra ce qui lui appartient.

C’est pour cela que, lorsqu’un homme meurt, on met son corps dans la terre pour le rendre à Ratovoana qui l’a créé. C’est pour cela aussi que les cadavres des animaux qui meurent tombent sous le sol, disparaissent petit à petit dans la terre.

La vie qui animait le corps des hommes et des animaux remonte vers Zanaharibe, car c’est lui qui l’a faite et c’est à lui qu’elle appartient.

 

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Réunis par Galina Kabakova

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