La diversité des origines malgaches

Publié le par Alain GYRE

La diversité des origines malgaches

21/07/2017

La question des origines malgaches a toujours fait débat, entraînant dans son sillage les mouvements identitaires et régionaux, les dénis et les expropriations d’identité en tout genre, et parfois même pollue le débat politique et académique ; s’enlisant  dans la confusion à chaque nouvel étude ou recherche, parfois scientifique, souvent mythologique. Il n’y a donc nul doute que la publication d’un nouvel article le 15 juillet dernier, conduit par une équipe internationale dont des scientifiques malgaches de l’Université d’Antananarivo, relancera un débat inépuisable et inépuisée.

« Aucune évidence de l’héritage Vazimba, » martèle l’article, après une longue explication sur la provenance du gène M23, endémique aux malgaches, dont une étude antérieure a déjà fait état dans le sud de Madagascar. Cela suggère notamment que ce gène est non seulement spécifique à, mais aussi originaire de Madagascar. En outre la datation du gène montre qu’il a émergé bien après l’arrivée des différentes vagues de colonisations africaines, ou sud-asiatiques qui elles ne portent pas ce gène. Tout ça pour dire que les malgaches actuels ne descendent pas des Vazimba, qui eux auraient daté d’avant l’installation des sud-asiatiques et des africains.

Maintenant que ce mythe est écarté, la question se pose. Mais d’où viennent les malgaches ?

La réponse est compliquée et complexe. Harilanto Razafindrazaka et compagnie ont étudié 257 villages, soit 2 704 individus (fig A), parsemés dans toute l’île. En effet, les populations sont relativement restées les mêmes depuis des centaines d’années, contrairement aux grandes villes qui ont vu un métissage grandissant de leurs populations, notamment suite à l’arrivée des colons européens à la fin du XIXe siècle.

L’étude conclut qu’en moyenne 59,4 ± 0,4% des gènes sont d’origine africaine, et 36,6 ± 0,4% sont d’origine asiatique, excluant ainsi toute autre origine, bien que des exceptions sont présents ; l’étude a même trouvé un individu avec des gènes basques ! Mais le fait est que la grande majorité des malgaches sont donc d’origine africaine et asiatique. Plus précisément, provenant des populations bantous et indonésiennes (fig B), plus spécifiquement du Bornéo.

Mais contrairement à ce qui se dit, la répartition de ces gènes n’est pas de 50-50. Les malgaches ne sont pas moitié africains, et moitié asiatiques. Cela est une simplification dangereuse, et fausse interprétation de la science. La réalité est bien plus complexe.

« Tous les individus examinés tende à présenter les mêmes compositions de gènes africaines et sud-asiatiques, mais avec des variations considérables (avec une origine africaine allant de 26,1 à 92,6%), » précise l’étude. Cette grande diversité du génome malgache s’expliquerait par l’implantation graduelle et disparate des peuples bantous et indonésiennes à Madagascar. D’après les estimations, connues grâce aux comparaisons d’ADN faites entre les peuples indonésiennes, et le peuple malgache, l’ADN malgache se serait distinguée de l’ADN des Indonésiens 2 500 ans AA (avant aujourd’hui).

Par la même procédure de comparaison, et en remontant la lignée d’ADN entre les bantous, et les malgaches, la séparation se serait passée 1 500 ans AA. Par toute logique donc, il est évident que les peuples de Bornéo sont arrivés à Madagascar bien avant les Bantous.

Leur lieu de peuplement ne sont cependant pas les mêmes. En effet, la lignée maternelle et paternelle montre que l’ADN africain est plus présent dans le nord de Madagascar, surtout dans la région de Diana. Plus de 65% des individus des régions côtières ont en effet une majorité d’héritage génétique africain. Les données démographiques le prouvent, car il y a de cela 1000 ans, une forte expansion démographique a eu lieu dans le Nord de Madagascar. De même, les trouvailles archéologiques montre une occupation de ces zones dans cette période, notamment au site de Mahilaka, Lakaton’I Anja, Irodo et Iaharana ; lieux d’exception pour le commerce avec l’Afrique de l’Est.

Au contraire, « les populations des hauts plateaux, au centre de l’île, ont surtout un héritage asiatique (> 65%), » mais cette population a connu une réduction drastique de sa démographie, ce qui peut s’expliquer par l’histoire singulière des hauts plateaux, ou par des migrations internes. Cependant, un petit nombre d’individus majoritairement originaire de Bornéo aurait repeuplé les hauts plateaux, au même moment où les gènes africains et les gènes indonésiens se mélangeaient à travers l’île.

Un tel mélange se serait passé entre 500 et 900 ans AA. Au cours de ces quatre siècles, le génome malgache a pris la composition qu’il a aujourd’hui. Il n’est pas impossible que d’autres colonisations ont eu lieu entre temps, mais ont eu peu d’impact sur le génome. Notamment, une petite quantité de gènes arabes et européens sont venus s’ajouter au cocktail.

Malgré l’apparente hétérogénéité de la population malgache, qui continue à se métisser de jour en jour, une vraie particularité malgache, homogène et commune à toute la population, s’est installée au cours des derniers siècles. Comme on dit, tsara fa gasy.

 

http://www.orange.mg/actualite/diversite-origines-malgaches

Publié dans Culture

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