Conte: Les trois sœurs qui ont épousé des fauves

Publié le par Alain GYRE

 

Les trois sœurs qui ont épousé des fauves

(Izy telo mirahavavy nanambady fosa)

 

Il était une fois, dans un village du sud-est de Madagascar, trois sœurs; l’aînée s’appelait Ravavimatoa, la cadette Ravaviaivo et la benjamine Rafaravavy. Elles avaient aussi un petit frère, nommé Ifaralahy.

Ces trois jeunes femmes fières, voire orgueilleuses refusaient tous les hommes qui venaient les demander en mariage. Elles ne voulaient, pour époux, disaient-elles, que des hommes beaux, bien faits de leurs personnes et riches de surcroît.

Un jour, trois hommes se présentèrent pour les demander en mariage, tous forts élégants et très beaux. Ils avaient vraiment de superbes vêtements.  Les trois jeunes femmes en tombèrent immédiatement amoureuses. Et sans aucune hésitation, elles acceptèrent de les suivre.

Quand il vit que ses sœurs partaient pour se marier, Ifaralahy insista pour les suivre et leur dit :

  « Emmenez-moi avec vous, là où vous allez. »

Ravavimatoa, l’aînée refusa et lui dit :

 « Notre route sera longue, tu ne pourras la faire, petit frère. »

Mais il insista et les suivit quand même.

En chemin, un peu plus loin, les trois époux déclarèrent :

 « Pour l’instant, restez là, nous allons chercher à manger pour vous. »

Ifaralahy vit que les oreilles des trois hommes étaient fort longues. Aussi dit-il à ses sœurs :

 « Vos époux ne sont pas des hommes, mais des fosa. » [félins carnivores, comme les pumas].

  Mais les trois sœurs refusèrent de l’écouter.

Ils n’arrivèrent à destination qu’en fin d’après-midi. La nuit tombée, alors qu’ils étaient tous en train de dormir, les trois hommes interpellèrent les jeunes femmes :

 « Dors-tu Ravavimatoa, l’ainée ? »

 « Dors-tu Ravaviaivo, la cadette ? »

 « Dormez-vous Rafaravavy, la benjamine et Ifaralahy, le petit dernier ? »

Ifaralahy répondit :

 « Nous ne dormons pas, car nous sommes un peu inquiets. Les fourrés sont trop touffus et il y a beaucoup de bêtes sauvages ici. »

Les trois compères élaguèrent les fourrés. Et les trois sœurs virent que chacun d’entre eux était doté d’une longue queue. C’est là qu’elles comprirent qu’effectivement, leurs époux n’étaient pas des humains.

Aussi les trois sœurs et leur petit frère cherchèrent-ils tous les moyens pour se sauver.

En pleine nuit, les trois compères reprirent leur appel :

 « Dors-tu Ravavimatoa, l’ainée ? »

 « Dors-tu Ravaviaivo, la cadette ? »

 « Dormez-vous Rafaravavy la benjamine et Ifaralahy le petit dernier ? »

Mais personne ne répondit à leur appel.

Les trois fosa se précipitèrent dans la chambre pour dévorer les jeunes gens… Mais… A leur grande surprise, sur la natte où le frère et ses sœurs devaient dormir, gisaient quatre troncs de bananiers.

La rage et la colère des fosa fut à son comble. Ils se ruèrent dehors pour aller à la recherche des sœurs et de leur frère. Ils étaient tellement hors d’eux qu’ils ne virent pas le grand trou dans la cour, tombèrent tous les trois dedans et eurent tout le mal du monde pour en sortir. Pendant ce temps, les trois sœurs et leur frère purent aller loin.

Les fosa coururent tant qu’ils purent pour les rattraper.

Quand ils virent que les fosa s’approchaient d’eux, les quatre jeunes gens grimpèrent sur un grand arbre fort grand. Arrivés au pied de l’arbre, les animaux essayèrent de grimper à leur tour, mais les jeunes gens les repoussèrent en frappant avec de grosses branches. Pour parer les coups, les animaux allèrent chercher de gros bâtons.

Profitant de ce moment, les jeunes gens descendirent de l’arbre à toute vitesse.

Un peu plus loin, ils butèrent contre une grosse pierre, s’assirent dessus et dirent :

 « Ô grosse pierre, élève-toi, monte, monte, deviens un rocher, les fosa sont derrière nous, ils nous poursuivent pour nous dévorer. »

La pierre se mit effectivement à grandir, grandir, grandir, les trois sœurs et leur petit frère juchés sur son sommet.

 

Très vite, les trois animaux arrivèrent au pied du rocher. Ils appelèrent les quatre jeunes gens d’un ton mielleux : « Nous n’allons vous faire aucun mal, venez nous rejoindre. »

Ifaralahy leur répondit : « Bien, nous allons sauter. »

Fous de joie, les fosa ouvrirent très grand leur gueule, espérant ne faire qu’une bouchée de leur proie. Ifaralahy fit glisser des grosses pierres brûlantes qu’il avait préparées. Les trois animaux les engloutirent et moururent aussitôt.

Quel ne fut le bonheur des trois sœurs ainsi sauvées. Elles dirent à leur petit frère :

 « Merci  Ifaralahy, heureusement que tu nous a suivies; sans toi, ces maudits fosa nous auraient tuées. »

Ifaralahy et ses trois sœurs rentrèrent sans encombre chez leurs parents et racontèrent ce qui leur était arrivé. Les parents furent heureux que leurs enfants aient pu échapper aux animaux féroces.

A partir de ce moment-là, les trois sœurs changèrent du tout au tout. Devenues gentilles et sociables, elles trouvèrent bientôt des maris tout à fait dignes d’elles.

 

Contes, contes, légendes, légendes,

Moi, je raconte, vous, vous écoutez

Texte: Ny Eja

https://madagasikara-namako.jimdo.com/francais/les-livres-d-enfants/7-izy-telo-mirahavavy/

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