Rien-que-tête

Publié le par Alain GYRE

 

Rien-que-tête

Lohanaby-

Un conte de la région de Farafangana (Sud-Est)

Tiré des « Angano malagasy nofohazina » de Moks Razafindramiandra

 

Il était une fois,  dans le Sud-est de notre pays, un couple qui avait quatre enfants. L’un d’entre eux était handicapé, il n’avait ni pied, ni main, ni corps, il n’était qu’une tête. Aussi l’appela-t-on : «Lohanaby- Rien-que-tête ».

Ses grands frères passaient leur temps à se moquer de lui. Aussi en était-il fort chagriné.

Un jour, il décida d’aller voir Zanahary [dieu créateur traditionnel des Malgaches], pour lui demander de l’aider. Lohanaby- Rien-que-tête roula sur lui-même, puisqu’il n’avait pas de pieds pour marcher. Après avoir roulé assez longtemps, il rencontra une vieille femme. Celle-ci lui demanda, où il comptait aller ainsi.

« Je vais essayer de voir Zanahary, lui répondit-il, car je voudrais bien qu’il me change. »

La vieille femme eut pitié de Lohanaby-Rien-que-tête, et lui donna quelques conseils sur la conduite à tenir devant Zanahary.

« Ne t’assois jamais sur la chaise en or où il t’invitera à prendre place, ne mange pas non plus dans l’assiette en or qu’il te présentera et ne dors pas dans le lit en or qu’il t’indiquera. Il y a chez lui, de l’eau qui peut métamorphoser les hommes, mais sache rester humble, si tu veux changer.

Lohanaby poursuivit sa route.  Au bout d’une semaine, il arriva chez Zanahary. Le chien de Zanahary aboya de toutes ses forces quand il le vit, mais Lohanaby- Rien-que-tête n’en eut cure. Il entra chez Zanahary. « Je sais pourquoi tu es là », lui dit celui-ci. On le fit entrer et on lui demanda de s’asseoir sur une chaise en or, mais Lohanaby déclina l’offre. « Laissez-moi m’asseoir par terre, sur le seuil de la porte », répondit-il.

On lui offrit ensuite à manger dans une assiette en or. « Je ne mangerai pas dedans, Seigneur, » répondit-il, « donnez-moi une assiette simple. »

La nuit,  on lui proposa  un lit en or, mais il refusa encore. «  Je vous remercie infiniment, mais je suis habitué à dormir sur une natte, c’est ce qui me convient » ajouta-t-il. 

Au matin, Zanahary lui demanda l’objet de sa visite. « Vous avez fait de moi un  être informe, Seigneur, et à cause de cela, ma vie est un véritable enfer. Je ne suis qu’une tête, sans pieds, sans  mains, sans corps, vous ne m’avez donné que des dents pour manger. »

« C’est vrai » lui répondit Zanahary. « J’ai dû être distrait quand je t’ai fait. J’avais trop de travail quand je t’ai fabriqué, je n’ai terminé que ta tête. Attends, je vais t’arranger cela. »

Zanahary lui demanda de plonger trois fois de suite dans un étang proche. Dès le premier plongeon, Lohanaby- Rien-que-tête eut des mains, un ventre et une poitrine. Il plongea une deuxième fois et eut des pieds et un corps entier. Et au troisième plongeon, il devint un très beau jeune homme bien fait de sa personne.

Il revint chez lui. Quelle ne fut la surprise de ses parents et de ses trois frères, en le voyant, eux qui s’étaient bien moqués de lui! Ses parents rendirent grâce à Dieu. Et quant à Lohanaby- Rien-que-tête, il n’hésita pas à raconter les détails de son voyage, quand ses trois frères le lui demandèrent.

« Nous aussi, nous irons là-bas », dirent ceux-ci, fous de jalousie.

Et les voilà en route. Ils croisèrent la vieille femme, mais ne daignèrent point la saluer. Elle non plus, ne leur dit quoi que ce soit.

Ils arrivèrent quand même chez Zanahary.

Zanahary les fit entrer chez lui, leur montra à tous trois, trois fauteuils en or, dans lesquels ils s’assirent sans se poser aucune question. Puis, on les servit dans trois assiettes en or, et ils mangèrent sans aucune hésitation. Zanahary, lui, restait silencieux.

La nuit tombée, il les fit dormir dans des lits en or, ce qu’ils firent sans aucun problème, comme si cela allait de soi.

Au matin, Zanahary leur demanda l’objet de leur visite. « Nous trois aimerions devenir plus beaux que ce que vous avez fait de nous actuellement, Seigneur, et plus beaux que notre petit frère ».

Zanahary les emmena à l’étang qui métamorphose les hommes et leur demanda de plonger trois fois dedans.

Dès le premier plongeon, leurs bouches s’allongèrent. Au deuxième plongeon, quatre pattes leur poussèrent, et au dernier plongeon, leurs corps se recouvrirent de poils. Ils étaient devenus des chiens qui aboyaient. Zanahary les chassa en leur disant : « Allez-vous en, vous avez ce que vous vouliez. »

Tandis que Lohanaby- Rien-que-tête, lui, était devenu un homme qui vécut heureux avec ses parents.

 

Contes, contes, légendes, légendes,

Moi, je raconte, vous, vous écoutez

Raconté par Nandrasana

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