Conte: Le chien

Publié le par Alain GYRE

 

Le chien

Un vieillard plantait au bord d’un lac profond et peuplé de caïmans. Tous les jours il visitait son champ et un caïman l’épiait matin et soir. Il finit par surprendre le maitre du champ et par l’enfermer dans un fossé. Le matin, le tenant dans sa gueule, le caïman le promena le long du chemin.

Le caïman rencontra un milan. Il lui demanda :

- Oh, mon frère, j’ai attrapé ce vieillard, faut-il que je le mange ?

- Oui, répondit l’oiseau, il faut le manger. Cet imbécile me pourchasse tous les jours. Il me lance des cailloux pour chaque poussin que j’ai mangé. Tuez-le sans pitié, et ce sera justice.

- Bon, dit lr caïman, et il continua son chemin.

Il rencontra un sanglier.

- Enfin il est pris, dit celui-ci. Mangez-le, mon ami. C’est un ambitieux, un ridicule . toutes les fois que je le rencontre, il me harcèle, me poursuit, me lance ses sagaies, pourtant je ne mange que du manioc.

- Bon, dit le caïman, et il continua son chemin.

Il rencontra une fourmi.

- Que voulez-vous que je fasse de ce vieillard ? lui demanda le saurien.

- Croquez-le en commençant par sa tête, lui répondit la petite fourmi. Toutes mes sœurs ont péri sous ses pieds et il n’a jamais daigné dire pardon. Ah ! que je suis contente, ajouta-t-elle, et elle se mit à danser.

- Bon, dit le caïman, et il continua son chemin.

Il rencontra une vieille femme.

- Ha ! ha ! ha ! plaisanta la bonne dame. Monsieur le juge délégué aura moins de travail. On n’a jamais vu un chicaneur pareil.et là-dessus, elle se mit à rire à gorge déployée.

- Faut-il que je le mange ? demanda le caïman.

- Assurément, oui, répondit la vieille dame.

La caïman continua encore son chemin. Il rencontra un chien. Il lui dit :

- Holà, ho ! attendez que je vous demande conseil : faut-il que je mange cet homme que je tiens dans ma gueule ?

- Oui, répondit le chien. Vous avez là une belle proie. Que ne l’avez-vous mangé plus tôt ? pour profiter d’une si belle aubaine, ajouta-t-il, vous avez intérêt à rire avant de le déguster.

- Ho, ho, ho, fit le caïman en gloussant sans pourtant ouvrir la bouche.

- Ce n’est pas assez, reprocha le chien, il importe que je ne sois pas le seul à ouïr la nouvelle ; il faut que tous les environs sachent par vos éclats de rire que vous avez mangé l’être le plus crapuleux du monde.

- Bon, dit le caïman, et il se mit à rire à gorge déployée. Il ouvre une large gueule, le vieillard en sort, grimpe sur un arbre. Le voilà sauvé.

Depuis ce temps, dit-on, les hommes n’ont plus mangé de chiens.

 

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