Conte: La femme haïe de son mari ou Comment commença la culture du tabac

Publié le par Alain GYRE

 

La femme haïe de son mari ou

Comment commença la culture du tabac

Voici, dit-on, comment les gens commencèrent à manger du tabac.

Il y avait une fois une femme mariée qui n’avait pas d’enfants. Son mari lui annonça un jour qu’il se proposait de prendre une seconde femme.

- Qu’en penses-tu ? lui dit-il . peut-être me donnera-t-elle des enfants.

- Faites donc, répondit la femme, cela ne m’inquiète pas.

L’homme chercha donc une nouvelle épouse et se maria.

Hâtons- nous parce que c’est un conte…

Bientôt un enfant s’annonça. Le mari dit alors à sa première épouse :

- Va-t’en, je veux divorcer d’avec toi.

- Faites donc, répondit la femme, cela m »est égal. Et elle partit.

Elle se mit alors à cultiver des plantes. Une inondation ayant apporté des graines de tabac, la femme divorcée en recueillit et les sema. Elles poussèrent bien, et lorsque le tabac fut mûr, elle le coupa et le mit à sécher, puis le lia en paquets.

Plus tard, elle en broya un petit peu et le mâcha.

Un jour que le jeu de bilo avait lieu, la femme divorcée, assise au milieu de la foule, s’amusa à cracher de la salive du bout des lèvres,, entre les dents, à la grande admiration des jeunes gens, garçons et filles, qui tous voulurent comme elle, lancer de longs jets de salive.

 Quand le jeu fut terminé les jeunes gens se précipitèrent vers la mâcheuse de tabac pour lui demander quel remède elle employait pour pouvoir lancer ainsi sa salive.

Elle répondit :

- Le remède s »appelle mahatea, « qui se fait aimer ».

- Qu’est-ce que c’est ?

- C’est une matière à la fois odorante et enivrante.

- Quel est le prix d’un paquet ? demanda un jeune homme.

- Il est fort coûteux. Un paquet coûte un bœuf…

Trois jeunes gens en achetèrent immédiatement, et puis tous en firent autant.

Et les choses n’ont pas changé jusqu’à maintenant – hein, les gars !

Le roi Andriankitonarivo ayant aussi entendu la renommée du tabac, dit à ses gens :

- J’admire beaucoup ce remède qui permet de lancer sa salive en jets fins. Allez me chercher cette fameuse femme, car je veux la connaître.

Les envoyés se rendirent aussitôt près de la femme et lui dirent :

- Faites moudre de votre remède, car le roi vous demande chez lui.

La femme fit moudre du tabac et tous partirent.

- j’ai entendu parler de votre renommée, lui dit le roi aussitôt qu’il la vit. J’admire beaucoup la chose que vous avez trouvée et je vous demande en mariage ;

E Je ne vous refuse pas, répondit-elle. Je me suis bien mariée avec un homme du peuple, à plus forte raison me marierai-je avec vous.

- Je veux renvoyer toutes les autres femmes que j’ai épousées, ajouta le roi, sauf la reine, ma première épouse, que je laisserai avec vous.

Quand l’époux qui avait répudié la femme apprit cela, il envoya un messager au roi pour lui dire :

- Que Votre Majesté ne croie pas que je veuille être insolent, mais la femme que vous venez de prendre est mon épouse, et je la demande humblement, comme votre enfant, en léchant vos pieds.

Le roi fit appeler la femme :

- Je ne vous retiens pas, si vous voulez retourner chez lui.

- Comment, répondit la femme, pourrai-je retourner chez lui qui m’a assez peu estimée pour me répudier !

L’ancien époux, apprenant cela, en eut de forts regrets et voulut se tuer. Mais tout le monde le consola en disant :

- Soyez content, puisque c’est le roi qui l’a prise.

Et le roi épousa la femme divorcée, et elle fut désormais une reine.

Et la culture du tabac ne fit qu’augmenter jusqu’à nos jours.

 

 

 

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