Conte: Origine du maïs : le corbeau et l’ongongo

Publié le par Alain GYRE

 

Origine du maïs : le corbeau et l’ongongo

Ayant su que les animaux n’avaient pas suffisamment d’aliments à leur disposition, Ndriananahary résolut de leur donner un complément de nourriture conforme à leur genre d’existence.

Dans ce but, il fit monter au ciel le corbeau et l’ongongo(le canard sauvage, sarkiodornis melanotos) et leur tint ce discours :

- Vous porterez sur la terre des semences de maïs et vous direz de ma part à tous les êtres vivants qu’ils pourront désormais cultiver cette graminée pour s’en nourrir abondamment.

Enchantés du présent dont es avait gratifiés le Créateur, les deux oiseaux prirent la graine inconnue et descendirent à tire-d’aile sur la terre, tout heureux à l’idée de porter une si bonne nouvelle aux autres animaux. dès leur arrivée sur le globe terrestre, ils réunirent toutes les bêtes de la Création et leur montrèrent les épis de maïs en disant :

- Voici une nouvelle graine dont Dieu nous a fait don pour notre nourriture. Mais comme nous n’avons ni bras, ni mains pour la cultiver, il nous faudra demander à l’homme de s’en charger. Quand la plante sera mûre, tous les animaux pourront profiter de la récolte et chacun mangera les grains à sa faim. Pour récompenser l’homme des peines qu’il aura prises et reconnaître sa bonté à notre égard, nous lui obéiront à partir d’aujourd’hui et il aura le droit de disposer de nous comme il l’entendra, car il nous est supérieur par son intelligence. C’est pour ce motif que Ndriananahary lui a donné le pouvoir de nous commander ; pourra être puni de mort quiconque se rendra coupable de rébellion ou d’indiscipline.

Tous les animaux acceptèrent ces conditions et l’homme planta le maïs. Grâce à ses soins, les cultures prospérèrent et de fructueuses récoltes le payèrent de son travail  et de sa persévérance.

Aussi, depuis cette époque, les bêtes vécurent-elles dans l’abondance.

Un jour, l’homme fut trouvé mort dans son champ de maïs, au milieu des cultures dont il assurait la garde : personne, jusqu’à nos jours, n’a jamais pu savoir la cause de son décès.

Quelle ne fut pas la désolation de l’ongongo en voyant inanimé le corps de son bienfaiteur. Eploré et fou de douleur, il courait en tous sens, demandant à chacun, oiseau ou quadrupède, ce qu’il fallait faire pour rendre la vie à l’homme, le dispensateur de leur existence, car il était seul à connaître la façon de cultiver le maïs, leur nourriture habituelle. Personne ne savait à quoi se résoudre. Plusieurs fois l’ongongo versa de l’eau froide, sur le corps du défunt, espérant le ranimer : mais se fut en vain. Le corbeau assistait, indifférent, à cette scène ; quand on se sépara, il se mit à dévorer le cadavre.

Dès qu’on le sut, les bêtes, indignées, se réunirent en conseil : chacune donna son avis, mais pas une ne trouva le moyen de restaurer la communauté et de remédier au nouvel état de choses. L’ongongo exprima le vœu d’en référer à Ndriananahary et de lui exposer les conséquences de la mort de l’homme.

Tout le monde approuva, et, à l’unanimité, un décida de dénoncer l’acte infâme du corbeau, qui avait commis le crime de manger le corps de son bienfaiteur.

L’ongongo fut choisi comme envoyé et monta au ciel. Ndriananahary l’écouta avec bonté et le renvoya avec ces paroles consolatrices :

- Les animaux n’ont rien à craindre, le maïs continuera à croitre et à prospérer sur la terre ; tu leur dira de ma part. toi, ajouta-t-il, tu seras désormais l’ami de l’homme : tu pourras, sans danger, barboter dans sa rizière et manger une partie de sa récolte, parce que tu as regretté sincèrement sa mort, mais, d’autre part, tu devras obéir à l’homme et il pourra faire de toi ce qu’il voudra. Tu n’auras jamais à te repentir de cette soumission, puisque ta nourriture sera toujours assurée par son travail. Quant au corbeau, je le maudis ; il vivra de charogne et sera dorénavant l’ennemi de l’homme ; celui-ci ne mangera jamais sa chair, car c’est un honneur pour les oiseaux d’être mangés par l’homme ; la répugnance qu’aura l’homme pour la viande noire et coriace du corbeau prouvera à tous que cet oiseau est maudit et souillé à jamais.

Telle fut la décision de Ndriananahary : l’ongongo la rapporta fidèlement aux animaux et rien n’a changé depuis lors.

 

 

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