De l’armée organisée à la société militaire

Publié le par Alain GYRE

De l’armée organisée à la société militaire

26 mars 2018

La guerre et la conquête de l’île , pour l’unité nationale, la militarisation de la société merina, au moment ou se confirme définitivement la révolution hova, donnent la clé de l’évolution profonde du XIXe siècle. C’est du moins ce que pense Simon Ayache dans son Esquisse pour le portrait d’une reine Ranavalona 1re (Omaly sy Anio, N°1 et 2, 1975). Et il précise que le règne de la souveraine se situe au cœur de cette évolution  et « ne se comprend pas en dehors d’une telle perspective ».

Devant l’ »assaut européen » sous toutes les formes, culturelle, économique, politique Ranavalona 1re considère que Madagascar est  en état de siège, et elle place tout son espoir dans l’armée moderne que lui lègue Radama. Elle ressent la nécessité de toujours renforcer ce remarquable instrument de défense, assure son emprise sur les territoires conquis afin de surveiller les côtes et les soustraire aux convoitises coloniales. « Mais cet état de siège la rend peu indulgente au désordre, soupçonneuse à l’égard de toute tentative d’opposition, religieuse ou politique, et de toute concurrence économique dans le commerce qui relie son pays au monde extérieur. »

Toutes fois, ajoute Simon Ayache, elle fait confiance, pour la défense du territoire et des traditions malgaches, au groupe des chefs de clans hova qui l’ »ont portée au pouvoir et qui lui paraissent mériter de détenir désormais l’autorité politique, tout en dominant les diverse activités du pays. Mais ces chefs des grandes familles encore alliées à quelques familles aristocratiques, s’ils nourrissent effectivement, comme leur reine, de forts sentiments nationalistes, songent aussi à leurs intérêts de classe dominante ».  Ils n’hésitent pas à asservir à leur profit le peuple merina d’abord les populations des provinces ensuite « ils s’appuient dans ce but sur la nouvelle force militaire. »

L’écrivain Razafintsalama affirme que c’est Radama qui jette les fondements de la monarchie absolue, «  inévitable pour réaliser son rêve de conquête et d’unité de l’île sous son autorité unique ». il rejette le système politique de son père, patriarcal et teinté, à la base, d’une certaine forme de démocratie et même de « socialisme ». « En fait, pour réaliser dans une première étape l’unité de l’Imerina, Andrianampoinimerina avait déjà tout fait pour personnaliser le pouvoir suprême ; pour briser autant que possible l’autorité des grands féodaux et résorber l’autonomie des clans sur leurs territoires traditionnels. » Radama accélère le processus et Ranavalona ne peut que le porter à son terme. L’armée nouvelle, la guerre moderne transforment la société merina, car l’armée se distingue alors du peuple quand Radama impose le passage du système  de la « nation-armée » à celui de l’armée de métier, en séparant ceux qui se battent et ceux qui travaillent, les « miaramila » (militaires) et les « borizano » (civils). C’est ainsi qu’une « société militaire »  naît, se développe sous Ranavalona 1re, se hiérarchise. Et bientôt, il se constitue dans son sein une sorte de « parti unique » dont les chefs annexent places et profits qu’ils conservent avec l’appui de clientèles.

La nouvelle classe dirigeante monopolise d’abord les grades les plus élevés et, du même coup, s’empare des moyens de production et de commerce. Aux officiers supérieurs, aux plus puissants des Maanamboninahitra – ceux qui possèdent les « honneurs » ou grades militaires revient la plus large part des butins de guerre : les bœufs que l’on exporte, les esclaves que l’on fait travailler dans les rizières ou dans les ateliers. Les « généraux-époux » de la reine, Andriamihaja, Rainiharo, Raharo… coiffent la royauté et « assassineront celle-ci avec Radama II ».

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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