Pas plus cruelle que ses prédécesseurs

Publié le par Alain GYRE

Pas plus cruelle que ses prédécesseurs

22 mars 2018

Beaucoup ont écrit sur Ranavalona 1re, « l’usurpatrice du trône en 1828 », l’accusant d’être sanguinaire car trop superstitieuse. C’est le cas de voyageurs ou historiens qui la rendent « responsable d’exécutions et atrocités horribles ». il y a aussi la lignée des écrivains et des historiens  protestants ou catholiques, tels William Ellis qui « pose nettement le problème du règne de Ranavalona 1re en termes de relations politiques et culturelles avec l’Europe » (« Esquisse pour le portrait d’une reine : Ranavalona 1re », Simon Ayache, Omaly sy Anio, N°1 et 2 ; 1975.

Pourtant, quelques temps après qu’elle a tourné le dos, les tentatives pour la réhabiliter apparaissent. Elles viennent tout naturellement des milieux protestants dès que l’indépendance et la souveraineté malgache se trouvent menacées   per les entreprises religieuses et politiques des Français, favorisées par la politique de son fils et successeur Radama II. « La reine tant détestée commença, au lendemain même de sa mort à symboliser l’effort de résistance à l’Europe coloniale. »

En évoquant les lois du pays, celles qu’établissent ses deux prédécesseurs, Rahaniraka qui est le frère de Raombana, son secrétaire privé, montre le fond du problème. Pour lui ni Andrianampoinimerina ni Radama 1er ne sont ni moins cruels ni moins superstitieux que Ranavalona 1re. Si Radama abolit l’épreuve du tanguin sous l’influence de James Hastie, dit-on, «  ce ne fut point par humanité. Il en avait simplement admis l’absurdité. Logique et charité ne se confondent pas. »

Et d’ailleurs voici ce qu’écrit sur lui Raombana, dans ses « Histoires » : « A l’approche de la mort , Rdama devint amer et cruel. Il soupçonna la sorcellerie d’être cause de sa maladie et ordonna de soumettre à l’épreuve du tanguin, certains de ses Tsimandoa (ses esclaves royaux et gardes du corps)… A son devin, il ordonna aussi de se mettre à l’œuvre pour découvrir un remède qui le rendrait à la vie… Ainsi Radama Le Grand fut encore l’esclave des coutumes de son pays quand il se trouva sur le point de mourir. Son puissant esprit ne put considérer avec calme et impavidité, l’autre côté de l’éternité… certains grands hommes en Europe  eurent bien, au moment de la mort, les mêmes défaillances que Radama… »

L’historien juge plus sévèrement encore Andrianampoinimerina « usurpateur sans scrupules », « aussi monstrueux dans sa cruauté que génial dans sa politique ». mais estime S. Ayache, les appréciations de Raombana, même outrancières à l’égard de Ranavalona, ont une toute autre portée que celles d’un Grandidier ou d’un Malzac. Et d’expliquer : « C’est une cicilisation, une culture morale qu’il met en cause, une éthique générale qui va bien au-delà de la simple cruauté d’une seule personne, aussi influent soit-elle. » S. Ayache essaie de « réincarner » la reine en esquissant son aspect physique  « son portrait exposé au Palais de la Reinenà Tananarive est totalement imaginaire » en indiquant que son visage est « finalement normal et tout simplement humain ». le père <louis Jouen lui, résume en 1856 : « sa physionomie est celle d’une bonne maman et contraste étrangement avec le caractère sanguinaire qu’on lui connaît… » Quant à son portrait moral, S. Ayache mentionne que se serait difficile et se limite à déclarer : « Libertés du temps, libertés princières, prérogatives reconnues de la personne royale, jusqu’à l’inceste inclusivement. »

 

Texte : Pela Rava litera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/pas-plus-cruelle-que-ses-predecesseurs/

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