Une fête traditionnelle de purification

Publié le par Alain GYRE

Une fête traditionnelle de purification

Notes du passé 16 mars 2018

Avec l’équinoxe de printemps, (occidental s’entend), tombe la nouvelle lune d’Alahamady et se célèbre, en Imerina, la grande Fête mi-religieuse mi-civile du Fandroana ou du Bain. Elle est marquée par trois jours de réjouissances publiques. Les Notes reviennent sur ces festivités telles qu’elles sont vues par Rajemisa-Raolison dans son Dictionnaire historique et géographique (1963).

D’après l’historien, on ne sait pas exactement à quelle époque remonte le Fandroana . d’aucuns en attribuent l’institution au roi Ralambon(1575-1610) qui aurait voulu par cette fête, commémorer la découverte qu’il fait de la saveur du zébu.

« Bien qu’une partie de la fête soit, en fait, consacré à un massacre assez notable de bovidés et à la consommation de leur chair, l’hypothèse de l’institution du Fandroana par Ralambo, dans le sens qu’on lui prête, semble peu probable parce que, d’une part, des bœufs ayant été introduits ici bien auparavant par les Arabes (XIe siècle), il semble incroyable que les Merina ne les eussent connus que si tard, et d’autre part si grand que fut le prestige de Ralambo, il paraît impossible qu’il eut pu faire admettre cette fête dans tout l’Imerina et même dans l’Imamo. »

Et l’auteur ajoute que la vraie raison de la fête comme le suggère le mot qui la désigne, n’a aucune relation avec l’idée de bœuf, mais bien plutôt avec celle de la purification. Il estime plus vraisemblable que la fête remonte beaucoup plus loin et que « l’origine en ait été purement religieux ». « Que Ralambo en ait institué la solennité et voulu, par concomitance, célébrer ce présent magnifique de Dieu qu’est le zébu, cela n’est pas impossible. » Le Fandroana qu’on appelle aussi l’Asaramanitra (le mois parfumé) est avant tout un jour de souhaits et de vœux et, à ce point de vie, « il serait la réplique du Nouvel an dans d’autres pays ».

Dès la veille, on procède à quelques cérémonies intimes. Les membres d’une même famille et les proches parents s’offrent des présents entre eux. En début de soirée, débute la retraite aux flambeaux, « harendrina », sorte de feux de réjouissance que les enfants portent dans la cour ou autour du village. A préciser que les familles en deuil n’y participent pas. « D’où l’on avait conclu communément que ces feux auraient eu pour but de chasser les revenants, le Fandroana étant une fête des vivants ».

Cette nuit-là, tous les membres de la famille se réunissent sous le toit des « ray aman-dreny » pour pouvoir recevoir, le lendemain au réveil, leur bénédiction. Même les femmes séparées depuis longtemps de leurs époux, reviennent sous le toit conjugal où, toute la nuit durant, elles vont s’assoir dans un coin à un angle de la case. Pour cette raison, cette nuit reçoit aussi l’appellation de « alin-dratsy » (triste nuit).

C’est pendant la deuxième journée que se déroule ma vraie fête du Fandroana. Elle sera marquée par le bain purificatoire de chaque membre de la famille, des bénédictions données par les aînés et surtout du Grand Bain du souverain ou souveraine. Il est formellement interdit aux sujets d’abattre et de manger du zébu, que l’on remplace ce jour-là, par de la volaille.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/blog/notes-du-passe/une-fete-traditionnelle-de-purification/

 

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