Faralahy

Publié le par Alain GYRE

 

Faralahy

Conte Antankarana

Recueilli à Ambinanitelo (province de Vohemar).

(Conte inachevé par suite de la disparition du narrateur).

 

Deux méchants époux avaient trois fils.

Quand leurs parents moururent, les trois enfants restèrent seuls dans la maison paternelle.

Au bout de quelques jours, le deuxième fils dit à l’aîné ;

« Notre nourriture commence à s’épuiser. Comment allons-nous faire pour nourrir le cadet ?

- Laissons-lui des aliments suffisants pour une semaine, dit l’aîné, et mettons-nous en quête. »

Ils partirent donc.

Sur leur route ils rencontrèrent un tombeau, et, lorsqu’ils passèrent tout auprès, les angatra qui l’habitaient leur dirent :

« Donnez-nous des fruits de bananiers sauvages. »

Les deux frères répondirent :

« Nous n’avons nous-mêmes rien à manger. Qu'est-ce que nous pourrions vous donner?»

Les angatra se turent.

Les frères, continuant leur chemin, parvinrent à l'habitation d'un Zanahary.

Ils y prirent une marmite pour faire cuire leurs aliments, et, après avoir mangé, partirent sans avoir vu personne.

Lorsqu’ils furent à quelque distance, le Zanahary rentra. Il trouva tout en désordre et dit, fort en colère : « Que ces deux frères soient changés en fandrama (i)l »

Ce qui arriva aussitôt.

Au bout de quelques jours, le dernier frère, voyant sa provision de vivres s’épuiser, songea à la renouveler, et se décida à suivre ses aînés.

11 partit, passa à côté du même tombeau que ses frères, et les angatra lui dirent :

 « Donne-nous des fontsy (fruits de bananier sauvage), Rafaralahy. »

Rafaralahy tourna la tête [avec effroi] vers le tombeau.

« N’aie pas peur, dirent les fantômes, c’est nous qui te demandons des fontsy. Si tu veux nous en donner, fais les cuire dans les cendres chaudes. »

Rafaralahy fît cuire les fontsy, en enleva l’écorce, les coupa en morceaux et les offrit aux Etres.

« Nous te remercions, dirent ceux-ci, tes aînés avaient aussi passé par ici, mais ils ne nous ont rien donné. En partant d’ici, tu vas arriver dans un bois. Tu y déposeras ton bagage pour t’écarter un peu du chemin et tu trouveras un ovy (ii), dont tu déterreras et emporteras la racine. Puis tu arriveras à l’habitation du Zanahary, et tu lui demanderas l’hospitalité. Il te donnera une marmite pour faire cuire ton ovy. Mais ne prends pas la marmite propre : choisis la sale. »

Rafaralahy se conforma à toutes ces prescriptions.

Arrivé dans le bois, il posa son bagage, monta un peu dans la montagne, trouva l’ovy dont il déterra et emporta la racine. Au logis de Zanahary, il fit cuire son ovy dans une marmite sale. Quand ce fut prêt, il invita le Zanahary à partager son repas. Celui-ci déclina l’invitation. Pourtant Rafaralahy mit de côté pour lui plusieurs beaux morceaux sur une feuille de bananier, puis lui-même mangea. Quand il eut fini, il balaya la chambre, jeta la feuille de bananier [qui lui avait servi d’assiette] et lava la marmite. Puis il dit adieu au Zanahary et se disposa à partir. Mais le Zanahary lui dit :

«Tes aînés ont passé par ici, mais ils ne se sont pas conduits comme toi, au contraire. Aussi je les ai changés en fandrama. Mais toi, tu as agi comme il fallait, et voici ce que je te dis : emporte cet objet et tu réaliseras tous tes désirs. Prononce les paroles suivantes quand tu voudras quelque chose :

« O mon œuf d'une pintade d’argent, je ne t’ai pas acheté, je ne t’ai pas échangé, mais le Zanahary t'a donné à moi. Je veux obtenir telle chose (à ce moment tu diras le nom de l’objet désiré). »

Rafaralahy partit donc ; il arriva bientôt à un gué, où se trouvaient ses frères changés en fandrama. Ceux-ci lui adressèrent ces paroles :

« Où vas-tu, Faralahy ?

- Je vais au marché d’argent », répondit-il.

Il traversa la rivière et arriva au logis de Randriambe. Il y prépara son repas. Quand il eut fini de manger, il se mit à causer avec Randriambe et lui dit :

 « Connais-tu des jeunes filles à marier ?

- J’ai trois filles qui ne sont pas mariées.

- Veux-tu m'en donner une, seigneur ? Seulement je ne choisis pas telle ou telle. Je ne veux que celle qui m’aimera.

- C’est bien; j’y consens. »

Quand Faralahy fut sorti, le père appela ses trois filles et leur dit :

« Un étranger est arrivé chez nous. Il m’a demandé une femme. Il veut la choisir parmi vous ».

- Où est cet homme, dirent-elles ?

- Il est là dans la cour. »

Elles allèrent le regarder toutes trois, et l’aînée dit à son père :

« Non, je ne veux pas me marier avec lui : c’est un sauvage. »

La seconde dit comme la première.

La dernière, au contraire, consentit à l’épouser, malgré les moqueries de ses deux aînées.

Celles-ci rentrèrent dans leur chambre et Faravavy, la plus jeune sœur, appela Faralahy.

Elle lui coupa les cheveux, lui lava le corps et lui donna de beaux vêtements.

Au bout d'une semaine, Faralahy dit à sa femme :

« Va emprunter un fusil à ton père, car je veux aller chasser dans la forêt.

- Sais-tu te servir d’un fusil ?

- Ne te préoccupe de rien. »

Elle se rendit chez son père.

« Ton mari sait-il se servir du fusil ?

- Je n’en sais rien. »

Le père lui donna tout de même un fusil.

Faralahy le prit et partit dans la forêt, mais il accrocha le fusil à un arbre et le détériora.

Il rentra et dit à sa femme :

« J'ai abîmé le fusil, va le dire à mon beau-père.

- Je t’avais bien prévenu pourtant, répliqua Faravavy en colère. Pourquoi ne m’avoir pas dit que tu ne savais point te servir d’un fusil ?

- Fais comme tu voudras maintenant, mais ce n’est pas moi qui irai rendre ce fusil là à mon père!

- Vas-y tout de même; si ton père le refuse, je le remplacerai par un autre. »

La femme porta donc l’arme à Randriambe :

« Je te rapporte ton fusil, mais ton gendre l’a détérioré. »

- Je ne veux pas d’un fusil cassé; j’en fais cadeau à Faralahy. »

La fille revint donc avec le fusil et rapporta à son mari les paroles d’Andriambe.

Quand il fut nuit, Faralahy prit l’œuf de pintade d'argent et dit :

« O mon œuf d’une pintade d’argent, je ne t’ai pas acheté, je ne t'ai pas échangé, mais le Zanahary t’a donné à moi. Je veux avoir un beau fusil. »

Aussitôt un être invisible apporta un très beau fusil.

Le matin, quand Faralahy et Faravavy se réveillèrent, le mari dit à sa femme :

« On m’a vendu un beau fusil, va l’apporter à mon beau-père. »

Ainsi fit-elle.

Randriambe fut tout surpris et demanda à sa fille où son mari avait pris cette belle arme.

 « On la lui a vendue, répondit- elle. »

Randriambe se montra enchanté du fusil.

 

  1. Bambou servant de tuyau pour faire traverser à de l'eau une rizière ou un fossé.
  2. Sorte de liane qui produit une longue racine comestible, grosse comme la jambe d’un enfant.

 

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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