Conte: Rasoandranovola et Rasoandranomanga

Publié le par Alain GYRE

 

Rasoandranovola et Rasoandranomanga

Conte Marofotsy

Recueilli à Andriarncna (cercle de Maevatanana}.

 

Dans un village habitaient, dit-on, deux jeunes filles ; Rasoandranovola et Rasoandranomanga.

La première était fille d'un riche et la seconde d’un homme très pauvre.

Chaque soir les deux jeunes filles allaient s’asseoir à la porte du village.

Un jour, Andriambahoaka du Nord s’approcha d’elles, dit-on, et voulut prendre Rasoandranomanga comme femme, tandis qu’il, regardait distraitement Rasoandranovola. Mais Rasoandranomanga lui dit : « Andriambahoaka, tu ne saurais accomplir ma volonté, car moi je veux pour me vêtir un lamba en loques et pour dormir une natte déchirée.

- Si tel est ton caractère, répondit-il, je retournerai chez moi, car, en effet, je ne saurais accomplir ta volonté. »

Et il s'en alla chez lui.

Quelque temps après, Andriambahoaka du Sud vint, dit-on, auprès d'elles ; il se contenta

de regarder Rasoandranovola, mais voulut prendre Rasoandranomanga comme femme.

Elle lui dit la même chose qu’au roi du Nord, et il s’en alla.

Et les Andriambahoaka des quatre directions vinrent, dit-on, près d’elles et s'en retournèrent pour la même raison.

Enfin Andriambahoaka du centre vint le dernier et il répondit à la jeune fille ;

« N’aie pas peur, car j’ai dans ma maison beaucoup de vêtements, de lambas, de nattes.

- Pourtant j’ai peur que tu ne puisses contenter mon désir. Je crains que tu ne m’aimes pas : je suis pauvre et orpheline; c’est toi qui remplaceras mes parents.

- Aie confiance, Rasoandranomanga, consens à devenir mienne, et n’aie pas peur : je remplacerai tes parents. »

Alors Rasoandranomanga consentit à être sa femme, il lui donna de beaux vêtements et l’emmena chez lui.

Au bout d’un certain temps, Andriambahoaka partit à la côte pour cinq mois. Aussitôt Rasoandranovola vint trouver Rasoandranomanga et lui dit ;

 « Tu peux t’en retourner chez toi, car Andriambahoaka ne t’aime plus, il m’a prise pour te rem¬ placer.

- Je ne partirai pas, à moins qu’il ne me le dise lui-même. »

Rasoandranovola rentra et dit à sa mère :

« J’ai trouvé un mari, maman, il m’a dit de lui apporter un panier plein de plumes.

- Aie confiance, ma fille, nous tuerons beaucoup d’oiseaux ce soir. »

Le soir elle fit tuer des oiseaux et ramasser leurs plumes dans un panier ; quand il fut plein, les esclaves l’apportèrent à Rasoandranovola.

Le matin, elle s’en fut avec les plumes chez Rasoandranomanga et lui dit :

« Pourquoi ne t’en vas-tu pas chez toi, puis¬ que Andriambahoaka te répudie ?

- Non, je ne veux pas partir. »

Alors Rasoandranovola la saisit, la fit tomber par terre, puis elle planta les plumes sur tout le corps de la jeune femme, qui devint un oiseau et s’envola.

Et Rasoandra¬ novola s’installa dans la maison d’Andriambahoaka.

Lorsqu’au bout de cinq mois celui-ci revint, il prit Rasoandranovola pour Rasoandranomanga.

Or un jour, cette dernière, sous la forme d’oiseau, vint voltiger au-dessus de la maison, et cria ;

« Cette femme, ô Andriambahoaka, n’est pas Rasoandranomanga, on a planté des plumes sur tout le corps de ta femme, et elle est devenue un oiseau. »

En entendant ces mots, Andriambahoaka s’écria :

« Qu’il est agréable à entendre, le chant de cet oiseau ! »

Mais Rasoandranovola n’était point de cet avis.

L’oiseau revint souvent sur le toit, et Andriambahoaka dit à sa femme :

« Je vais le prendre avec un piège. »

Il l'attrapa en effet et le pluma avec l'intention de le faire cuire ; mais voici que l'oiseau redevint Rasoandranomanga. Qui fut étonné ? Ce fut le roi. Lorsqu'elle fut bien dépouillée de toutes ses plumes il lui demanda comment elle était devenue un oiseau.

« Dès que tu fus parti pour la côte, répondit-elle, Soandranovcd J vint me dire que tu l’avais prise pour femme et m’ordonna de m'en aller. Comme je ne voulais pas sortir, elle me jeta par terre, planta des plumes sur mon corps et je fus changée en oiseau. »

 Andriambahoaka, très en colère, permit à Rasoandranomanga de lui dire ce qu'elle voudrait de sa rivale. Alors Soandranomanga fit couper la tête à des moutons et en même temps à son ennemie; elle mit les têtes des moutons dans une sobika et avec elles la tête de Soandranovola, et fit porter le tout chez les parents de celle-ci. Elle recommanda aux porteurs de ne dire que ces mots :

« Voici ce que votre gendre vous envoie. »

Ils firent comme on leur avait ordonné, et les parents de Soandranovola ouvrirent la sobika: ils virent les têtes des moutons et, parmi elles, la tête de leur fille. Ils se mirent à pleurer et demandèrent à ceux qui avaient apporté la sobika, pourquoi on avait tué leur fille. Ceux-ci racontèrent l'histoire de Rasoandranomanga changée en oiseau et sa vengeance. Les parents réclamèrent le cadavre de leur fille pour l’enterrer dans le tomancêtres. Mais on ne le leur donna pas et ils portèrent un long et pénible deuil. Telle fut la fin de Rasoandranovola.

Rasoandranomanga resta la femme d’Andriambahoaka du centre, et, même très vieux, ils ne se séparèrent pas.

 

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL

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