16 Novembre : Journée mondiale de la Tolérance : « La tolérance : Force ou faiblesse ? »

Publié le par Alain GYRE

16 Novembre : Journée mondiale de la Tolérance : « La tolérance : Force ou faiblesse ? »       

Mardi, 19 Novembre 2013

 

Parmi toutes les journées mondiales qui s'échelonnent tout au long des 365 jours de l'année,! celle qui se commémore tous les 16 Novembre (sans grande pompe, il faut le dire...) mérite, qu'on y médite: la Journée mondiale de la Tolérance.

 

En raison essentiellement du contexte particulièrement sensible qui prévaut actuellement chez nous, en cette période électorale (présidentielle et Législatives)

 

Rappelons que l'organisation des Nations-Unies avait déclaré 1995, année internationale de la Tolérance et l'UNESCO (actuellement en pleine 37ème session de sa conférence générale à Paris) avait fait de la Tolérance le point focal de la célébration de son 50ème anniversaire, célébrée en 1995.

 

La définition la plus communément admise de la Tolérance est « Le respect de la liberté d'autrui, de ses manières de penser et de vivre, et particulièrement de ses opinions religieuses »

 

Mais où commence la Tolérance et quelles sont ses limites ? Est-elle vertu ou faiblesse ?

 

D'emblée, je voudrais écarter l'expression souvent usitée de « Fandeferana » pour traduire « Tolerance ». En effet « Fandeferana », a mon sens, exprime une acception unilatérale sinon « unilatéralement » du concept, et qui sous-entend quelqu'un qui opprime et i un autre qui plie et se soumet. Ce que semble recommander à l'envi bon nombre de sentences et proverbes tirés de la sagesse malgache tels que :

 

- « Ny tsihy no fola-mandefitra » (c'est la natte qui casse en se pliant)

 

- « Lohalika sy laferana : izay mandefitra no mandina » (concernant le genou et le jarret, c'est celui qui plie qui a bonne mine)

 

- « Vero taingenam-pody, milefitra fa tsy folaka » (un frêle roseau sur lequel se perche i un petit oiseau, plie mais ne rompt pas)

 

Autant de formules qui exaltent le mérite de celui qui plie et dans ce sens, elles recouvrent « dans les relations interpersonnelles un dispositif de domination aussi insidieux que pervers ». En effet, pour être force et vertu, la tolérance ne devrait pas consister à écraser l'autre par l'intimidation, la force ou la violence mais respecter d'abord ses différences et non les mépriser pour mieux le conduire vers un compromis (et non une compromission), librement consentie par la douceur et la persuasion. Ce que Rado a exprimé admirablement dans les termes que voici (extrait de « Dinitra » 1ier octobre 1996) « tsy ilay faharesena miaritra ny hosihosy sy fanitsakitsahan'ny hafa noho ny hery tsy mitovy (...) » « Mandefitra izay fa tsy milefitra. Ny « Fileferana » kosa dia ilay famolahan-tena miezaka handinika sy . ahatakatra ny hevitry ny hafa, ny fisainany, ny asa amam-pinoany kanefa tsy misoroka hamboraka ny hevitry ny tena sy ny taujona kandrena, ho fandresena lahatra amimpitiavana » Nous voudrions également suggérer l'emploi d'expressions telles que « Fifandeferana », « Fifampizakana amin’ny hevitra tsy mitovy »

 

Ainsi définie, la tolérance est force et non faiblesse. Autrement dit, la réciprocité doit être de mise dans l'écoute, le respect et la bonne foi pour que la tolérance ne soit pas « cette vertu que l'on attend des autres sans qu'on veuille la pratique soi même », (Stéphane Jacob).

 

Et sur cette lancée, je voudrais enchaîner avec des réflexions en la matière par deux sommités mondiales : Boutros-Boutros GHALI, ancien Secrétaire Général de l'ONU, et Federico MAYOR, ancien Directeur Général de l'UNESCO, tous deux fortement impliqués dans la conception et l'organisation de l'année internationale de la tolérance en 1995.

 

« La tolérance ne signifie pas accepter la brutalité qui se donne des airs de nationalisme ou ignorer les abus commis contre les droits s'ils se déguisent en religion. Au contraire la tolérance est le respect de la diversité par la reconnaissance de notre humanité commune » (Boutros- Boutros GHALI - extraits du discours du 21 février 1990 - ONU. New York. Et pour sa part, Federico MAYOR ancien Directeur Général de l'UNESCO (déjà venu en visite officielle à Madagascar en 1994) ajoute Nous devons apprendre à connaître nos voisin, les cultures et les religions qui noue entourent, afin de mieux saisir la diversité, de mieux comprendre que l'autre n'est pas une menace. Enseigner la tolérance est la meilleure investissement que nous puissions faire pour notre propre sécurité future.

 

Mais où finit la tolérance ? C'est le même Federico MAYOR qui a déclaré qu'« il ne faut pas tolérer l’intolérable ». Mais dans notre monde en pleine ébullition, et quelque peu à la dérive, I’ intolérable occupe de plus en plus du terrain par le biais du racisme, du sectarisme, de la violence aveugle et destructrice. Il y a aussi et surtout la pauvreté sous toutes ses formes : économique, morale, et intellectuelle. Le combat est rude et doit mobiliser toutes les compétences et toutes les bonnes volontés pour espérer trouver une issue heureuse...

 

Julien Rakotonaivo

La Gazette

 

Publié dans Revue de presse

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