2012-02-01 Manie migratoire ou fuite de l'esclavage

Publié le par Alain GYRE

Manie migratoire ou fuite de l'esclavage

Chez tous les peuples, à Madagascar comme ailleurs, les récits d'apparence historique commencent par la narration d'un déplacement humain collectif. À cette vérité plus ou moins évidente, deux administrateurs des colonies, Raymond Decary et Rémy Castel ajoutent cependant que des opinions erronées ont été émises sur la population malgache et la question des migrations en particulier a donné lieu à d'étonnantes erreurs dues à des « généralisations imprudentes » du genre « les indigènes de Madagascar ont comme une soif dévorante de vagabondage »; ou « les Antimos (Antemoro) qui habitent cette île paraissent être complètement dominés par une manie migratoire dont souffrent également d'autres tribus ».
Selon les deux auteurs, la domination antankarana s'étend jusque sur l'Androna (régions de Befandriana et Mandritsara). Elle a progressivement reculé devant les Sakalava contre lesquels les Antankarana ont soutenu des luttes acharnées.
Les chefs et les principales familles sakalava sont, à l'origine, venus de la province d'Isaka sur la côte sud-est et les Antesaka ont encore de leur côté conscience de leur parenté avec ceux qu'ils appellent les Antesakalava. La tribu conquérante passant au sud des Hauts-plateaux par le col de Midongy s'est scindée en deux parties: la première s'est établie dans le Mahafaly où les rois se disent d'origine Maroseranana, puis en Androy; la seconde branche, franchissant le Mangoky, s'est dirigée vers le Nord où elle a conquis le Menabe puis plus tard, le Mailaka, l'Ambongo et le Boeny.
De Mananjary, les chefs Zafiraminia ont émigré vers le Sud et fondé en Anosy un royaume dont la capitale est Fanjahira. Vers 1845, les Antanosy, à leur tour, pour échapper à la domination des Hova établis à Fort-Dauphin, sont allés s'installer dans le Moyen-Onilahy et ses affluents de la rive droite, Isakondry, Teheza, Sakamare. Ultérieurement, ils s'étendront sur la rive gauche dans la vallée du Savazy.
La tribu bara originaire de l'Itomampy a occupé progressivement la vallée de l'Iondevo, puis celle de la Menarahaka d'où elle a chassé les Betsileo. De là, elle a envahi la vallée de l'Ihosy et enfin celle du Mangoky où elle s'est heurtée aux Sakalava.
En 1862, l'assassinat de Radama II a déterminé une insurrection à la suite de laquelle de nombreux Merina ont émigré sur les limites orientales du pays sakalava Bemihimpa (les éparpillés). Il est difficile de les distinguer des Sakalava dont ils ont adopté le genre de vie et même les modèles... de tatouages.
Les Tanala qui se réclament d'origine Zafindraminia, se sont avancés vers l'Ouest à la suite des Bara. Ils ont émigré par la haute vallée de l'Iantara, contournant l'Ivohibe par le nord. Les Tanala émigrés portent le nom de Hovalahy Ny Antara, nom qui en réalité est sans aucun rapport avec celui de la caste imérinienne. Cette migration a eu lieu vers 1880.
Outre les immigrations comoriennes sur la côte Nord-ouest, des Africains-Makoa ont été introduits en quantité à Madagascar au cours du XIXe siècle par les Arabes négriers. Ces esclaves en provenance du Mozambique ont été pour la plupart débarqués dans les ports de Maintirano, Tambohorano et Boly. Ils ont été libérés au cours du kabary du 20 juin 1877 de Ranavalona II:
« Tous les Mozambiques qui sont venus dans mon royaume sont affranchis et deviennent sujets libres ».
En fait, Decary et Castel trouvent deux sortes d'immigration. D'une part, celles forcées et définitives dont les causes ont été la fuite à la suite d'une guerre ou d'un partage de royaume, les ordres du roi pour la conquête d'un pays conquis, le désir intense de s'affranchir d'une nouvelle servitude sociale, politique ou religieuse, et l'ordre administratif (émigration dirigée ou affectation).
D'autre part, celles volontaires définitives parfois temporaires dues à l'accroissement de population, au changement climatique ou à la médiocrité du climat, l'enthousiasme soulevé par une nouvelle doctrine religieuse, l'appât du gain, le manque de terre (espace vital), la famine ou la disette périodique, les fady et les tabous...

Pela Ravalitera

Mercredi 01 fevrier 2012

L’Express

Notes du passé

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