2012-02-06 Le toupet qui provoque une manif féminine

Publié le par Alain GYRE

Le toupet qui provoque une manif féminine

Dire qu'il s'agit d'un « rotaka » est un peu fort. En tout cas, c'est bien dans une manifestation publique de mécontentement que se lancent les femmes merina. Quand Radama 1er fait appel à Hastie, Brady et Robin pour mettre sur pied son armée selon le modèle européen, la modernisation touche autant la structure et l'organisation de cette institution que l'instruction et la tenue de ses éléments.
C'est ainsi qu'à l'exemple du souverain, les soldats doivent avoir une coiffure courte, nette. En particulier, leur « sanga », toupet de cheveux longs qui s'enracinent au-dessus du front, doit disparaître. La cérémonie se déroule à Sahafa- petite localité au sud d'Ambohi­manga où Radama installe le terrain d'exercice et d'entraînement de son armée au cours de la prestation de serment des officiers et soldats. C'est aussi à cette occasion qu'est prise la décision que tout homme « qui tourne le dos à l'ennemi », périra par le feu.
Cette suppression du « sanga » n'est pas pour plaire à leurs conjointes. Cependant, plusieurs versions sont données pour traduire ce mécontentement. Dans la première, les femmes Tsimiamboholahy d'Ilafy, Mandiavato d'Ambohidrabiby, Marovatana d'Ambohi­dratrimo, Ambodirano de Benasandratra et les épouses de certains Voromahery- les Aigles d'Andrianampoinimerina stationnés à Soa­nierana- toutes se réunissent à Ambatoroka. Seules les Tsimahafotsy d'Ambohimanga refusent de participer à cette conférence d'importance, axée sur la suppression de ce symbole de la virilité et de l'honorabilité des hommes d'armes. De toute évidence, elles connaissent le caractère de « leur enfant ».
Les manifestantes annoncent d'emblée la couleur. « Il est inadmissible que des Vazaha se permettent d'aller à l'encontre d'une institution ancestrale établie par nos anciens souverains ». Ici encore, deux interprétations sont données.
L'une affirme que, quand Radama apprend cette manifestation et sa cause, il fait mener une enquête pour en déterminer les leaders. Elles sont « au nombre de 5 ou 6 », et on les isole des autres participantes qui sont renvoyées chez elles. En fait, les meneuses sont retenues sur les lieux sous bonne garde. Leur « assignation à résidence » dure quelques jours dans une atmosphère sans nul doute assez angoissante. Durant une semaine, dit-on, des messagers royaux viennent régulièrement les harceler qui « en heurtant leurs fronts de leurs boucliers », qui « en les effrayant de leurs sagaies et couteaux ». Tout cela accompagné d'invectives menaçantes.
Au bout de cinq jours, elles sont conduites sur la place d'Andohalo où elles reçoivent la plus grande leçon de leur vie, assortie d'un avertissement: « Si vous recommencez ce genre de manifestation, vous serez condamnées à mort ». Depuis, dit-on, « elles ont retrouvé la sagesse ». Une autre interprétation précise que, pour l'exemple, deux meneuses issues des Tsimiamboholahy d'Ambohitrarahaba auraient été sacrifiées à Ambatoroka avant que les survivantes ne soient menées à Andohalo.
La deuxième version implique tout le peuple d'Avaradrano. En apprenant que le roi a coupé son toupet et l'exige de ses officiers et soldats, tout Avaradrano est outré. Croyant bien faire, il décide d'envoyer auprès de Radama des représentantes afin de le conseiller voire le réprimander « maternellement » pour un tel acte: « Qu'est-ce ce comportement indigne d'un roi Jusqu'à maintenant aucun des Douze rois qui vous ont précédé, n'a agi ainsi! ».
En entendant ces mots, Radama serait entré dans une colère noire car non seulement elles viennent contrecarrer sa volonté, mais surtout « elles veulent me détrôner en remettant en cause ma décision ». Ainsi, il les aurait condamnées à mort. Peu après, il rassemble son peuple pour le prévenir de ne plus jamais s'opposer à sa volonté.
Le peuple qui se serait incliné devant la mise à mort de femmes d'Ambohitrarahaba, répond par un serment solennel d'obéir à toute décision royale, promesse devant laquelle le roi montre sa satisfaction à avoir de « vrais pères et mères ».

Pela Ravalitera

Lundi 06 fevrier 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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