2012-02-09 Le « Fampinomana » à deux épreuves

Publié le par Alain GYRE

Le « Fampinomana » à deux épreuves

Les anciens Mal­gaches accordent au « Tanghinia veninifera » un pouvoir mystérieux capable de révéler, quelle que soit l'habileté des malfaiteurs, tout complot contre la société et tout acte de sorcellerie. L'adminis­tration d'une potion préparée à partir de l'amande du fruit de la plante, constitue le « Fampinomana » ou épreuve du tanghin ou tanguin.
Selon le Dr Jonah Rakoto­arivelo, l'origine de l'épreuve est mal connue. La première utilisation remonte, semble-t-il, à la première moitié du XVIIIe siècle au temps d'Andriamanentoarivo, noble du Vonizongo, au Nord-ouest d'Antananarivo.
Le « Fampinomana » comporte deux cas, l'épreuve générale ou collective et celle particulière ou individuelle.
La première concerne tous les habitants d'une localité et résulte d'une suspicion généralisée. « On se disait: Je suis le sorcier d'autrui et autrui m'est sorcier ». Souvent, tout le monde ne la subit pas, « car on procédait à un vote éliminatoire destiné à réduire le nombre des suspects ».
Pour éviter toute accusation sans fondement plausible, chaque votant est invité à prêter serment devant un « agneau orphelin » tué pour la cérémonie et dont les abats et la carcasse sont placés suivant une disposition spéciale.
L'épreuve particulière est souvent qualifiée d' « ordinaire » car contrairement au « Fampinomana » collectif, elle est plus fréquente. Elle est instituée pour mettre fin à un jugement dans un cas litigieux ou pour éviter tout soupçon. C'est ainsi que valets et fonctionnaires du palais royal, « demandaient ou profitaient de cette institution pour se débarrasser, avant leur engagement, des individus riches ou de bonne réputation dans un milieu social déterminé ».
Avant toute épreuve, l'exécuteur de l'ordre commence par vérifier « la puissance de la vertu magique » du tanguin. Pour cela, on se sert de deux poussins, le premier utilisé comme témoin. L'exécuteur s'empare du second et évoque l'esprit du « Mana­mango », l'esprit du tanguin. « Ce n'est pas haine qu'on fera mourir l'un et ce n'est pas par affection qu'on fera vivre le second, mais dans les deux cas on cherche l'accord et la vérité ». Le second poussin doit donc mourir. Avant de procéder à l'épreuve sur l'homme, l'essai est recommencé en modifiant la concentration jusqu'à ce que l'on obtienne « un résultat conforme aux prévisions ».
Entre-temps, on désigne 4 ou 5 serveurs pour cueillir des feuilles de « longozo » (Amomum angustifolium), de l' « embok'akondro » (fleur mâle de Musa nana) et d'un poulet qu'ils sacrifient pour obtenir des bouts de peau (trois par accusé).
Le « Mpanozon-doha », sorte de procureur, accompagné des serveurs, se dirige vers l'endroit choisi pour le rite ordalique. Ils traversent une rangée de femmes agenouillées autour de la case. Elles se prosternent jusqu'à terre à son passage. Une fois que le procureur et sa suite sont entrés, les femmes commencent à lever les mains et répètent sans cesse une sorte de litanie où revient inlassablement cette phrase: « Si vraiment il a commis cet acte, qu'il meure; dans le cas contraire, qu'il vive ».
L'accusé commence par manger du potage à base de riz sans qu'on sache exactement pourquoi. Cependant, certains pensent que ce potage favorise le vomissement, d'autres qu'il permet d'atténuer l'action irritante du toxique sur la muqueuse gastrique. Il avale ensuite sans mâcher les trois morceaux de la peau de poulet, l'administration de la potion- amande râpée mêlée de suc
de « longozo » et de bananier- s'ensuit.
Le procureur place alors sa main sur le front du présumé coupable et prononce la formule imprécatoire en appelant sur lui les châtiments les plus terribles
si les accusations sont fondées. Dans le cas contraire, il invoque la sagesse du tanguin pour le sauver.
La potion ne tarde pas à agir. Après quelques nausées, l'accusé vomit avec effort. Ce que tous attendent puisque cela permet de rejeter les trois morceaux de peau de poulet. On titille même le fond de sa gorge à l'aide d'une plume d'oiseau.

Pela Ravalitera

Jeudi 09 fevrier 2012

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