2012-02-16 Des noms rattachés à des évènements spéciaux

Publié le par Alain GYRE

Des noms rattachés à des évènements spéciaux

Des noms rattachés à des évènements spéciaux
Le peuple malgache, est constitué d'une variété de groupes dont les noms se rattachent, selon Raymond Decary, à des circonstances ou à des faits locaux, physiques ou géographiques. Ceux-ci donnent lieu à différentes interprétations. Ainsi des Merina qui occupent la partie centrale des Hauts-Plateaux et qui représentent la plus importante population, tout au moins en nombre. Littéralement, leur nom signifie « ceux du pays où la vue est étendue ». D'après Decary, il est tiré de « l'état de dénudation du sol ». C'est dire que l'Imerina est le pays découvert, aux grands horizons.
Toutefois, à l'origine il est appelé Bemihisatra, « où il y a beaucoup d'immigrants ». C'est le roi Ralambo qui le débaptise vers 1600 après avoir vaincu ses voisins et agrandi son royaume « où de nombreux villages étaient visibles au loin dans toutes les directions ». Decary cite une autre étymologie au mot « merina », donnée par un manuscrit malgache («Notes d'Histoire malgache») écrit sous la dictée du chef Rabozaka et communiqué en 1914 à l'Académie malgache. Le nom des Merina proviendrait de ce que dans leurs relations commerciales avec les Antsihanaka, ils avaient coutume de dire « Miverina izy ».
Les Merina portent aussi fréquemment le nom d'Ambaniandro, « ceux qui sont sous la lumière du jour », allusion « à l'aspect dénudé de leur province »; ou encore celui d'Ambani­lanitra, « ceux qui sont sous le ciel », qui rappelle l'altitude de l'Imerina « et non pas, comme on l'a dit, le fait qu'autrefois ils croyaient être les seuls sur la terre ».
Au sud des Merina, les Betsileo ont Fianarantsoa comme capitale. Leur nom, « les nombreux invincibles », ne date que d'à peine deux siècles. Auparavant, ils étaient connus sous différents noms. Sur les Plateaux, ils étaient appelés Andriambohitsy (le seigneurs de la montagne) ou Andriambohitsombilahy (les seigneurs de la montagne riche en bœufs). Les Antanosy, et plus tard Flacourt, les connaissaient sous le nom d'Arindrano, qui est celui de la province méridionale de leur territoire; ou encore sous celui d'Ambatra, « habitants des plateaux ».
Selon Berthier, c'est vers 1815 à la suite d'une tentative infructueuse du roi du Menabe pour conquérir leur pays, qu'ils adoptent leur nom actuel. Celui-ci « trouve sa justification dans la résistance autrefois opposée à l'envahisseur ». De son côté, le père Dubois qui leur consacre une monographie considérable, rappelle que le roi Radama en entreprenant la conquête du pays, se serait écrié devant leur combativité: « Voilà encore des gens en quantité qui nous résistent ». Tout en faisant observer que cette interprétation n'offre pas de certitude, le père Dubois indique qu'elle prouve que jusque dans les premières années du XIXe siècle, le mot betsileo était encore inusité. Enfin, le père Tastevin rattache la fin du mot
« leo » à une origine africaine. Il le rapproche de celui d'autochtones de la région de Dakar, les Lebu, fraction des Wolof, « la labiale b s'étant éclipsée normalement entre deux voyelles ».
Tout à fait à l'Extrême-Nord de la Grande île, vivent les Antankarana, population islamisée. Ils occupent la région de la montagne d'Ambre et surtout celle du massif calcaire de l'Ankara aux formes extraordinairement déchiquetées. L'Ankara ou Ankarana de
« harana » signifie primitivement « corail blanc » aux multiples branches puis, par extension, tout ce qui est dur ou blanc, « notamment les grands rochers et même aussi l'émail des dents ». Le nom d'Ankara ou grand rocher fait allusion aussi bien à sa masse et à sa couleur qu'à ses profondes érosions et découpures. « Dans ces conditions, il est plus exact de traduire Antan­karana par les gens des rochers ou les habitants de la région pierreuse, et non par les gens du pays des coraux comme l'a écrit Ferrand» (Raymond Decary).

Pela Ravalitera

Jeudi 16 fevrier 2012

Notes du passé

L’Express

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