2012-02-27 Voyage au pays des sables!

Publié le par Alain GYRE

Voyage au pays des sables!

Comment peut-on vivre sans eau et sans rizières ?», C'est la question que se posent en 1936 les cinq Malgaches qui accompagnent René Catala dans ses pérégrinations dans le Sud profond à bord d'une voiture-roulotte, et qui sont tous originaires de pays fertiles où l'eau abonde (Hautes-terres, côte Est).
De fait, il est difficile d'admettre que des populations puissent s'adapter à une telle situation, notamment dans la région de Tsihombe, quand de grandes rivières comme le Manambovo, complètement à sec, se transforment en « une immense avenue de sable dans laquelle les indigènes creusent de nombreux trous pour y puiser quelques gouttes d'eau soustraites à grand-peine à l'évaporation de ces sols brûlants ».
De quoi surprendre ce chercheur chargé par le Muséum national d'histoire naturelle de mener des recherches scientifiques à Mada­gascar.
« Dans ces rivières aboutissent quelques affluents de sable où l'eau ne passe qu'à l'occasion de quelques rares orages: le débit, certes, n'y doit jamais être bien important puisqu'au beau milieu de leur lit, des arbres d'assez grande taille ont pu se développer ».
Venant de zones quelque peu humides, René Catala est confronté à la sécheresse à peu près totale et comprend ce qu'on lui a maintes fois répété. « La question de l'eau conditionne toute la vie antandroy ». En-dehors de ces quelques trous collecteurs d'eau, de rares puits se remarquent, chaque jour épuisés, ou quelques mares. On leur a indiqué un point d'eau possible. Consternation! Croyant y trouver une eau potable, ses hommes ne ramènent qu'un liquide boueux.
« Un grand nombre d'indigènes partagent ce bain avec quelques bœufs qui restituent à cette mare commune ce qu'ils viennent de boire! ».
Sécheresse, oui. Ensablement aussi. Plus ils essaient d'en sortir, plus les roues s'enfoncent. Après de longs et infructueux efforts, il faut se décider à décharger plus d'une tonne de bagages. Et comme en général ce genre d'incident se déroule dans un bled perdu, le déchargement dure des heures puisqu'ils ne sont que six à l'effectuer. On conçoit à quel point c'est pénible « sur ce sable brûlant et sous un soleil de feu », le transport sur la rive opposée d'une rivière de boue, de tout le matériel emmené caisse par caisse.
Quand la voiture-roulotte est vide, ils essaient- au risque de faire sauter les couronnes d'embrayage et en poussant de toutes leurs forces- de se désensabler, mais c'est encore en vain. Accablés de fatigue, de soif ardente et de désespoir, ils ne savent quelle décision prendre. Finalement, ils décident de partir à la recherche d'une étape...
Mais à cet instant, comme dans de si nombreux coins de Madagascar, alors qu'ils croient à un désert absolu- « le Sahara en miniature par exemple »- ils sont tout surpris de voir arriver- d'où - deux, trois, dix, quinze individus qui ont attendu que le plus gros travail soit fait pour manifester leur présence.
En tout cas, après avoir perdu plus d'une heure à couper des branchages maigres et épineux pour les disposer sur le sol de façon à éviter un nouvel ensablement, les efforts conjugués de cette main-d'œuvre bénie permettent d'atteindre la rive opposée et de recharger le matériel devenu brûlant.
Heureusement qu'une journée commençant aussi mal se termine bien avec l'arrivée aux premiers peuplements de la forêt xérophile de l'Androy, dont la végétation se constitue d'une foule d'arbres et d'arbustes très serrés.
Ils forment un réseau d 'épines impénétrables, il est vrai, mais le parfum aromatique et presque violent qui s'en dégage, imprègne l'air est suscite la curiosité du chercheur. Toutefois, il faut bien chercher pour découvrir, dans un réseau d'épines les quelques fleurs minuscules d'où il émane.
René Catala y reconnaît également le « Famata », euphorbes arborescentes, baptisé
« arbre corail »; le superbe « Aloès » qui dépasse en élégance toutes les autres plantes; la curieuse « Imongy » (Kalachoc beharensis) qui surprend par l'épaisseur exagérée de ses feuilles au contact velouté, d'où son nom de « plante feutre »; l'original « Sony » (Didierea) en forme de cierge ou de candélabre; le « Fantsilotsy » (Alluaudia) qui s'épanouit comme un bouquet de feu d'artifice; l'énorme baobab, d'un beau gris sombre...

Pela Ravalitera

Lundi 27 fevrier 2012

Notes du passé

L’Express

 

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