2012-02-28 La pénible aventure d'un fomentateur de troubles

Publié le par Alain GYRE

La pénible aventure d'un fomentateur de troubles

Début 1654 à Fort-Dauphin. Les autochtones en révolte contre la dure administration du gouverneur Étienne de Flacourt, cernent de toutes parts le Fort qui risque déjà la famine et la ruine.
En effet, « à bout de souffle, écœurée » par les déboires que lui cause cette colonie lointaine et désespérant d'en tirer profit, la Compagnie des Indes semble l'avoir abandonnée. Depuis longtemps, le personnel n'est plus payé, colons et soldats manquent de tout et « le gouverneur lui-même n'avait plus de chemise ».
Désemparé, Flacourt envoie un petit bâtiment au Mozambique pour remettre au premier vaisseau rencontré, une lettre adressée aux responsables de la Compa­gnie en Europe.
Cet envoi de lettre, cependant, ouvre les yeux « même aux moins éclairés » et révèle à tous l'angoissante situation où ils se trouvent. C'est l'occasion rêvée pour un officier de la Colonie, Anthoine Couillard, de fomenter un complot parmi les populations autochtones. « Les habitants du pays l'avaient surnommé Marovolo c'est-à-dire le Chevelu, en raison sans doute de la richesse de son système pileux » (Urbain-Faurec).
Dès que Flacourt apprend cette trahison, il fait arrêter Couillard Marovolo. Pourtant, nul ne sait trop pour quelle raison il lui fait grâce de la vie et l'envoie à Bourbon (La Réunion) avec sept de ses complices et six Malgaches également compromis.
Couillard et ses compagnons mènent dans la petite île une existence qui n'est guère différente de celle qu'y avaient vécu les mutins qui les y avaient précédés, exilés par l'ex-gouverneur Pronis en juillet 1646. Ils trouvent en débarquant un troupeau d'une vingtaine de têtes, « descendants du taureau et de la génisse que leur avait envoyés Flacourt cinq ans auparavant », avant de les rapatrier.
Ils plantent du tabac et re­cueillent des fibres d'aloès. Mais comme leurs prédécesseurs sans doute, ils ont à subir quelques ouragans et cyclones qui les obligent à reconstruire leurs habitations un certain nombre de fois. « En somme, leur vie fut calme et sans histoire jusqu'en 1658 où commença pour eux une pénible aventure ».
Le 28 mai de cette année-là, le navire « Thomas-Guillaume » vient chercher abri à Bourbon. Son capitaine vient à terre attiré par un feu allumé par les exilés. « Ce Gosselin devait être un triste sire, trafiquant d'hommes et flibustier. À court de marchandises et de bois d'ébène, il n'avait abordé à Bourbon que dans l'espoir d'y trouver des indigènes dociles qu'il aurait pu piller et détrousser avant d'aller les vendre comme esclaves aux établissements portugais de l'Inde ».
Malheureusement pour lui, il ne tombe que sur les huit Français et leurs six esclaves noirs, seule population de l'île « et en proie aux tourments du célibat forcé et de la solitude ».
Gosselin a tôt fait de les persuader que Fort-Dauphin est détruit par deux incendies consécutifs et abandonné. Ainsi, ils n'ont plus aucune chance d'être secourus et rapatriés. En revanche, il s'offre à les emmener en Inde avec tous leurs biens, les assurant « qu'il se contenterait d'une part de la vente de leurs marchandises pour prix de leur passage ».
Ne possédant qu'une assez grosse quantité de feuilles de tabac et de fibres d'aloès, fruits de nombreux mois de travail, ils n'hésitent pas un instant devant  « l'occasion inespérée d'abandonner leur île déserte pour des pays nouveaux où ils pouvaient se faire une vie nouvelle ».
Ils embarquent toutes les marchandises sur le « Thomas-Guillaume » qui fait voile vers Madras où il arrive vers le 12 juillet.
Toutefois, malgré tous leurs efforts et ceux de Gosselin, la cargaison de tabac se révèle absolument invendable car la population en majeure partie musulmane, se montre résolument opposée à la consommation du «pétun».
Comme le capitaine Gosselin ne veut pas perdre le montant du passage de « ses invités » bourdonnais, pour se dédommager, il vend les six Malgaches au gouverneur de la ville.
Quant au chevelu Couillard et ses compagnons, ils se voient contraints pour subvenir à leur existence, de s'enrôler comme simples soldats dans les troupes qui assurent la sécurité de Madras. Ils restent dans ce service pendant plusieurs années jusqu'au jour où, par grande chance, certains d'entre eux sont rapatriés en Europe par un navire hollandais. Mais on ignore si Marovolo en faisait partie!

Pela Ravalitera

Mardi 28 fevrier 2012

Notes du passé

L’Express

 

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