2012-02-29 Ranavalona 1ère, la reine la plus controversée

Publié le par Alain GYRE

Ranavalona 1ère, la reine la plus controversée

Superstitieuse, autoritaire, cruelle, de volonté inflexible, xénophobe exacerbée C'est ainsi que ses contemporains dépeignent les traits de caractère de la princesse Ramavo, devenue Ranavalona 1ère autrement appelée Rabodonandrianampoinimerina Elle règnera à Antananarivo durant un tiers de siècle (1828-1861)
Au début de son règne, pourtant, elle est très appréciée de ses sujets qui peuvent enfin vivre dans une atmosphère de calme et de sérénité, loin des troubles continuels et des travaux incessants qui marquent le règne des deux précédents rois, Andrianampoinimerina et son fils Radama 1er C'est ainsi qu'elle veille elle-même au maintien des écoles et à leur développement; ou encore à favoriser l'éclosion du goût musical chez ses sujets Elle-même donne l'exemple: pour agrémenter sa Cour, elle subventionne deux illustres femmes chargées de former les « Mpiantsa », chanteuses royales
Aussi, fêtes, réunions de famille, évènements heureux ou tristes sont-ils autant d'occasions de chanter D'ailleurs, Antananarivo doit beaucoup à cette reine et à Jean Laborde, son conseiller et agent dans le domaine riche d'activités et de résultats de Mantasoa Car ce serait une erreur de croire que Ranavalona condamne sans restrictions tout ce qui est européen
Toutefois, à certains symptômes, bientôt ,elle constate que son autorité risque d'être ébranlée et que l'ingérence des Européens finira par mettre un terme à l'indépendance de Madagascar Elle réagit avec violence sous la pression, d'après les historiens, des traditionalistes dont le Premier ministre Rainiharo (elle en a quatre durant son règne: Rainimahay, puis le jeune et bel Andriamihaja, père de Radama II, enfin Rainiharo et Rainijohary également commandants en chef) Il faut aussi compter sur l'influence des devins et des sorciers, inquiets des progrès de la civilisation et du christianisme
Parmi ces symptômes, citons un début de révolution dont elle soupçonne les Anglais d'être les auteurs En réaction, elle déchire les traités passés avec l'Angleterre depuis 1817 et reprend de plus belle le commerce des esclaves grâce aux débouchés offerts par les marchés de l'Inde, de l'Amérique et des Mascareignes « Le Rova apparaît alors comme un nid de rapaces, de grands marchands d'esclaves au service de la culture et de l'industrie sucrières » (Robequain, « Une capitale montagnarde en pays tropical: Tananarive »)
Par la suite, le 11 octobre 1829 le capitaine de vaisseau Gourbeyre, désigné par la France, prend Tintingue et bombarde Toamasina « pour venger l'affront qu'elle estimait lui avoir été fait sous Radama » Les troupes françaises sont cependant contraintes de battre en retraite devant l'armée hova
En 1832, elle interdit aux enfants esclaves de fréquenter les écoles car certains font déjà preuve d'insoumission et prétendent échapper à leur condition servile En 1834, elle entend limiter aux seules écoles contrôlées par son gouvernement, l'enseignement de la lecture et de l'écriture, ceci afin de proscrire « la diffusion de
la morale chrétienne, pernicieuse aux traditions malgaches » L'année suivante, le kabary du 1er mars interdit à tous ses sujets de collaborer de quelque manière avec les missionnaires N'ayant plus de raison d'être, un à un ceux-ci quittent le pays
C'est le signal du début des persécutions contre les chrétiens qui s'organisent alors en
« sectes indigènes dont les membres frondent le pouvoir royal La Société des priants qui prêche le modernisme est la plus connue Beaucoup d'entre eux ignorent tout du Christ, mais tout comme cela s'est passé à Rome, c'est au nom du Christ qu'on s'insurge Les castes inférieures et les mécontents forment la clientèle des rebelles chrétiens »
(« Tananarive, essais sur ses origines, son développement, son état actuel », 1952)
À leur tour, les Européens restés dans la capitale sont aussi atteints par les mesures de réaction royale, car « ils ne peuvent pas ne pas être compromis dans la rébellion qui couve » Le 13 mai 1845, une loi spéciale est édictée par la reine, aux termes de laquelle traitants et commerçants sont mis en demeure de quitter l'île ou d'être assujettis aux corvées royales, à tous les travaux et même au « tangena »
Les Européens chassés, Ranavalona­manjaka et Rainiharo se lancent dans la répression Pendant près de dix ans, 200 000 exécutions capitales se seraient produites
Avec la mort de Rainiharo en 1852, une période plus libérale semble s'ouvrir Mais un complot se noue pour porter son fils, le prince Rakoto-Radama au pouvoir: la reine chasse les rares Européens encore présents, dont les cerveaux du complot Jean Laborde et Lambert Et en 1858 le régime de la terreur reprend jusqu'à la mort de Ranavalona 1ère en 1861

Pela Ravalitera

Mercredi 29 fevrier 2012

Notes du passé

L’Express

 

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