2012-03-02 Faire de Madagascar une Colonie de colons

Publié le par Alain GYRE

Faire de Madagascar une Colonie de colons

Au lendemain de la conquête de Madagascar, l'administration coloniale s'attaque à la mise en place d'un régime foncier inspiré des principes de la colonisation. Il s'agit de faire de l'île une « colonie de colons ». Selon Razoharinoro-Randriamboavonjy, la première conséquence de la nouvelle politique foncière inaugurée par Gallieni est l'expropriation à terme de beaucoup de Malgaches, la plupart des bonnes terres devant constituer des « périmètres de colonisation ».
Alors que la pacification n'est pas encore terminée, Gallieni entreprend de distribuer les terres, croyant que l'établissement de colons aux points stratégiques lui faciliterait la tâche qui consiste à bien asseoir le pouvoir colonial encore contesté. Dès 1896, beaucoup de circulaires sont adressées à cette fin aux détenteurs du pouvoir, déléguant aux militaires et civils, commandants de cercles, résidents ou chefs de province, le pouvoir de délimiter dans leur circonscription respective « les périmètres de colonisation, en d'autres termes, les terres susceptibles d'être attribuées aux colons ». Ils reçoivent aussi le pouvoir de délivrer des titres provisoires de concession.
Ce qui n'est pas inclus dans les périmètres de colonisation, peut alors constituer des « réserves indigènes ». Celles-ci n'ont pas de superficie définie et définitive car il arrive souvent qu'elles soient grignotées par l'Administration elle-même pour satisfaire des deman­des de concession. L'Adminis­tration doit, dans ce cas, faire face à des problèmes suscités par des lois qu'elle-même a élaborées.
« Ces problèmes consistaient dans les oppositions que les paysans expropriés pouvaient faire à l'encontre des délimitations des périmètres de colonisation, ou à l'encontre d'attributions de concessions qui, manifestement, empiétaient sur leurs droits ».
L'histoire de l'attribution des terres dans le district de Marovoay est révélatrice de cette politique foncière et des problèmes qu'elle entraîne. Comme toutes les bonnes terres alluvionnaires de Mada­gascar (baiboho de la Mangoky ou de la Betsiboka, plaines de l'Alaotra, de l'Est, du Sambirano), celle de Marovoay a toujours été un objet de convoitise pour la colonisation. Au début du XXe siècle, un certain Garnier obtient de l'administration Gallieni 3 000 ha dans la plaine de Marovoay. À cette époque, une grande partie de la plaine de la Betsiboka, rive droite, « appartenait » déjà à la société des Grands Domaines de Madagascar. Garnier donne alors à sa concession le nom de Grandes-Garnières. La cession à Garnier de ces 3 000 ha inquiète beaucoup les Mal­gaches qui n'ont même plus assez de terres au point d'en acheter aux Grands Domaines pour leurs cultures.
Vers 1905, les Grandes-Garnières passent aux mains des époux Billaud, commerçants de Mahajanga. Ils les vendent pour pouvoir s'acquitter de dettes. La même année, Mme Billaud demande à l'administration coloniale une concession de 10 000 ha sur la rive gauche de la Betsiboka, comprenant la plaine de Tsimahajao. Ce sont des terres entièrement transformées en rizières et occupées par des Malgaches.
« Ces derniers firent une vive opposition à la demande de Mme Billaud et demandèrent que la plaine de Tsimahajao qu'ils avaient entièrement mise en valeur, fut immatriculée en leur nom ». À noter qu'à cette époque, l'immatriculation de leurs propriétés n'est pas obligatoire pour les Malgaches. Aussi en 1906, la plaine de Tsimahajao est-elle transformée en « réserve indigène ». Mme Billaud renouvelle sa demande en 1907, mais une commission « chargée d'étudier l'attribution des concessions territoriales dans la plaine de la région de Marovoay » confirme la décision prise en 1906.
Or en 1912, 1 000 ha sont concédés à un certain Boureau dans la région, concession jugée par la commission des réserves comme « absolument indispensable au développement de la colonisation dans la plaine de Marovoay ». Profitant de l'attitude contradictoire de l'Adminis­tration dans cette affaire, les Billaud renouvellent leur demande de concession, Georges Billaud étant le représentant d'une nouvelle société anglaise, The Marovoay Rice Lands Company Ltd dont le siège est à Londres. Il consent à réduire les 10 000 ha à 1 500 ha. Les oppositions des paysans affluent aussitôt à Marovoay.
Les Billaud en arrivent à s'adresser au ministre des Colonies Lebrun qui demande au gouverneur général Picquié « de rechercher une solution conciliant les droits des indigènes et les intérêts des colons français installés dans la région ». Lebrun demande l'impossible. Picquié tergiverse. À la veille de la grande guerre, rien n'est encore résolu. En 1914, les premiers occupants de la terre demandent l'immatriculation en leur nom des rizières qu'ils mettent en valeur. Ils sont provisoirement les plus forts.

Pela Ravalitera

Vendredi 02 mars 2012

Notes du passé

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

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