2012-03-03 Un micmac foncier à Nosy Be

Publié le par Alain GYRE

Un micmac foncier à Nosy Be

Personnage influent, président de la Chambre consultative de Nosy Be et membre du comice agricole vers 1910-12, Herscher est un colon de cette île, qui veut étendre sa « zone de colonisation » sur la grande terre. Son choix se porte sur une région située entre le Sambirano et la Mahavavy, excellente « terre de colonisation » selon l'appréciation des spécialistes de l'époque.
En 1912, Herscher demande à l'administration coloniale une concession de 1 200 ha à une vingtaine de kilomètres au Nord-est d'Ambanja. 809 ha sont faits de terres d'alluvions « en grande partie cultivée par les habitants d'Antsakoamanondro et d'Andrai­boho ». D'après Razoharinoro-Randriamboavonjy, outre ces 809 ha, 100 ha sont couverts de forêts et de « bosquets d'arbres fruitiers dont 100 cocotiers appartenant à des gens qui les exploitent encore ».
Dès que la demande de Herscher est connue sur place, « le chef du village d'Antsakoa­manondro, Mahinty fait opposition et revendique pour le village la totalité des terrains l'environnant ». D'au­tant qu'ils ont été déclarés « réser­ves indigènes » quelques années plus tôt, quand Lasnier a obtenu la propriété des Palmes à Andrai­boho, au sud des terrains en litige.
À l'instar de Mahinty, son homologue à Andraiboho, Singalaza revendique au nom du fokonolona la propriété des terrains des environs du village « où leurs aïeux sont morts » et qui sont nécessaires à leur culture et au pâturage des bœufs.
Malgré ces oppositions, Hers­cher obtient le titre provisoire de concession le 9 avril 1913, mais ses agissements provoquent de nouvelles oppositions. Les fokonolona d'Antsakoamanon­dro, Amboli­kapiky et Ambiky envoient un télégramme au gouverneur général Garbit pour se plaindre d'Herscher qui « ravage » leurs rizières, leurs cultures et les pâturages. « Il détruit nos oranges, manioc, canne à sucre, patate, arrache nos bananiers, ananas, prend nos cocotiers pour les replanter dans ses vanilleraies ».
Le GG fait procéder à des enquêtes qui révèlent que « ces incidents regrettables sont la suite de la façon défectueuse dont ont été effectuées, au début et à l'insu des fokonolona intéressés, les opérations relatives à la reconnaissance des concessions demandées par Herscher et pour lesquelles il lui a été attribué des titres provisoires ». Car Herscher a laissé aux indigènes « ce qui leur suffit pour leurs cultures »! Bien plus, dès 1912 prévoyant l'expropriation des premiers occupants du sol, il a conclu avec eux un « contrat » leur garantissant « des réserves et la faculté de planter du riz dans certaines parties de sa concession ».
Mais les premiers occupants des terrains contestés ne renoncent pas à leur opposition. L'Administration n'osant pas trancher, force est de transférer l'affaire aux instances judiciaires. C'est ainsi que le 20 novembre 1915, le tribunal de paix déboute l'État de l'immatriculation des terrains revendiqués par les paysans que son nouveau propriétaire a déjà baptisé Herscher-II. Mais ce dernier fait appel. Les choses traînent. Il s'impatiente et agit.
Ainsi en mai 1916, les paysans d'Ambolikapiky, Antafiamilaniera et Ambiky se plaignent au GG qu'Herscher leur « prend » leurs « terrains, rizières cultivées, plantations bananes, oranges, patate, manioc » et demandent « protec­tion ». Une fois encore, après enquête sur place, le tribunal de Nosy Be déboute « l'État français de l'immatriculation des concessions Herscher-I, III et IV pour toutes les terres ayant valeur agricole ».
Ce que confirme en janvier 1917 la Cour d'appel d'Antanana­rivo qui déclare recevable l'opposition des fokonolona de la concession Herscher-III dirigés par Mampera et les autorise à l'immatriculer, à prouver par témoins qu'ils occupent et cultivent les terrains par eux revendiqués, depuis une époque antérieure à la demande d'Herscher.
Après cette décision de la Cour d'appel, Herscher envisage de procéder à un échange de terres pour pouvoir s'attribuer ce qu'il demande depuis 1912 et auquel il s'accroche. Mais en raison de la guerre et des enrôlements de certains opposants, la solution proposée ne peut être retenue.
Pour le satisfaire, en octobre 1918 la commission des réserves indigènes du Bas-Sambirano propose de grouper les paysans dispersés sur les diverses propriétés demandées par Herscher sur une seule d'entre elles, le Herscher-I, dont une grande partie a déjà été revendiquée par les fokonolona de l'endroit. L'administration tente l'expérience. Elle échoue mais envisage de se munir d'armes légales pour réussir la prochaine fois.

Pela Ravalitera

Samedi 03 mars 2012

Notes du passé

L’Express

 

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article