2012-03-08 Vazimba, une dénomination globale

Publié le par Alain GYRE

Vazimba, une dénomination globale

 

L'histoire des Vazimba, si elle n'est pas très connue, est l'objet de nombreuses études de chercheurs qui, selon leur spécialité, l'ont présentée chacun à sa manière. L'ethno­logue-magistrat Hébert, dans son « Étude d'ethnologie juridique 1953-1957 », précise que les tribus malgaches à l'instar de celles africaines n'ont pas dès l'origine été fixées dans leur habitat actuel.

Les groupes nouveaux venus ont repoussé devant eux les populations plus anciennement installées, ou bien ils se sont « amalgamés » avec elles après les avoir combattues. « Tel fut le cas pour les Vazimba chassés des Hauts-plateaux par les Merina et réfugiés vers l'Ouest. C'est l'exemple le plus frappant de cette symbiose et de ce refoulement ».

La surface où, selon les traditions, ont vécu des Vazimba et celles où, dans l'Ouest, il en existe encore, correspondent approximativement à celle où se rencontrent au XXe siècle des populations au teint clair. Elles auraient supplanté des populations primitivement installées, au teint plus foncé, à qui aurait été donné le nom d'« alliés à plaisanterie » (« voaziva » c'est-à-dire Vazimba).

Selon M. Hébert, les Vazimba, proto-Malgaches, ne sont pas des Africains mais des proto-Malais de teint plus foncé que les Hova, ces derniers ayant fait partie d'une deuxième migration malaise à prédominance deutéro-malaise. Ceux-ci ont débarqué sur la côte Est, mais franchissant rapidement la forêt malsaine de l'Est, ils se sont installés sur les Hautes-terres refoulant les Vazimba vers l'Ouest.

« Le terme même de Vazimba démontre que les deutéro-Malais furent d'abord accueillis de bonne grâce puisque les Vazimba acceptèrent d'être alliés à plaisanterie avec eux ».

« Aujourd'hui considérés sur les Hauts-plateaux comme des êtres légendaires, ils n'en restent pas moins les propriétaires éminents du sol, et culte leur est rendu en maintes occasions ». Et les Merina ont craint les Vazimba déjà acceptés par les dieux telluriques : fouler du pied leurs tombeaux donne la lèpre ou d'autres maladies infamantes!

De toute manière, on ne doit pas occulter le fait qu'à l'origine de la royauté hova, il y a une souche Vazimba avec Rafohy et Rangita. C'est dire que les Vazim­ba ont été moins anéantis que supplantés par les Malgaches.

Hébert émet également la thèse que le mot Vazimba n'est pas la dénomination d'une tribu malgache, du moins à l'origine, mais qu'il a jadis servi à désigner les alliés à plaisanterie. « Comment ne pas s'étonner, en effet, que les Vazimba se retrouvent comme premiers occupants du pays en territoires merina, sihanaka, bezanozano, vakinankaratra, betsileo et sakalava de l'Ouest ».

En réalité, les Vazimba n'ont pas formé un État organisé, ils n'ont pas eu de rois si ce n'est des « mpifehy » (qui lient), chefs de clans d'envergure plus ou moins importante. Ils n'ont pas formé une population conquérante: ils ont été de paisibles cultivateurs et éleveurs de bœufs.

Et cette multitude de petits clans, sans liens les uns avec les autres, a dû avoir une infinité de noms, comme il en est encore d'usage chez les « Sakalava ».

« L'appellation des Sakalava est due à une minorité de conquérants qui réalisa l'unité politique de la côte Ouest, comme celle de l'Imerina est due à Ralambo ».

Quant aux Vazimba, personne n'a jamais réalisé leur unité politique et par ailleurs, cette appellation ne correspond pas à une désignation locale comme il est fréquent pour les ethnies malgaches: Tandroy pour ceux des ronces, Temoro pour ceux du bord de mer...

Selon Hébert, les Vazimba sont considérés comme les « tompon-tany », maîtres de la terre sur les Hauts-plateaux, et « tompon-trano », maîtres des eaux sur la côte Ouest sakalava. Leur nom signifie « ceux qui sont ziva », « ceux qui sont liés par la parenté à plaisanterie ».

Confirmation éclatante de cette identité, « le verbe sakalava manjiva, construit sur la racine ziva et signifiant insulter, ridiculiser, déprécier, correspond parfaitement au sens du verbe merina manazimba et qui signifie aussi déprécier, ridiculiser, insulter ».

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 08 mars 2012

Notes du passé

L’Express

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