2012-03-17 Ambiance de fête autour d'un sacrifice

Publié le par Alain GYRE

Ambiance de fête autour d'un sacrifice

 

Toutes les peuplades dans leurs coutumes respectent un rituel d'offrande à Zanahary, aux souverains déifiés et aux Razana, appelé également « sorona ».

Ce terme comporte en malgache de multiples acceptions, selon le chercheur Jean Devic. En effet, c'est à la fois l'acte du sacrifice, l'animal sacrifié, l'offrande et aussi l'action d'alimenter le feu, de l'attiser, « ce qui rapprocherait son sens général du grec holocauste ».

Dans les pays des Fisokina, chez les Betsimisaraka et les Tsitambala Betanimena, on utilise généralement le mot « Tsikafara »- « de la racine kafara de kaphar du verbe biblique kaipper d'où sont dérivés les mots israélites kippourin et kappôreth »- qui signifie murmures, plaintes, lamentations devant le pieu sacré (kady).

« De là sont issus les sens successifs de demande, prière, action d'accomplir un sacrifice propitiatoire, et les sens seconds de purification, puis de réconciliation dans le nouveau Testament ».

Une cérémonie de sacrifice pour une raison ou une autre amène toujours une assistance nombreuse parce que la viande ne cessera pas d'être débitée et

l'alcool coulera à flot. L'ambiance joyeuse est alors entretenue par « les sens aigres-doux des flûtes de roseau munies d'un pavillon en corne et les roulements de deux tambours de formes et de résonances bien distinctes, l'un assourdi, l'autre bref et clair ».

Alors que tout le monde se réunit autour du « Joro » ou « Fisokina », les jeunes gens poussent des cris de joie alternés de hurlements de peur, en pourchassant le bœuf à sacrifier, jonglant parfois sur son dos ou avec ses cornes. Ce jeu durera jusqu'à ce que le « sorona » soit finalement terrassé et entravé, puis traîné à même le sol jusqu'au « Fisokina ».

Un officiant marque les assistants au front d'une trace blanche de terre de kaolin (tany ravo, terre joyeuse) et le bœuf de six lignes parallèles entre ses cornes. Au même moment, un jeune garçon répand sur la bête étendue le contenu d'eau du long bambou qui sert à la puiser à la proche rivière.

Dans le même temps des notables s'affairent à « l'importante fonction qui est de répartir équitablement entre tous- hommes, femmes et... enfants- le toaka, boisson enivrante qui sera le plus souvent du jus de canne fermenté ou du vin, sinon de la bière; ou mieux encore de l'alcool de rhum si l'on est riche, mais tout bonnement de l'hydromel, comme autrefois les ancêtres, si l'on est pauvre comme ils le furent ».

Muni de sa longue canne que la tradition veut toujours rouge, l' « Ampisorona » (sacrificateur) entame le processus rituel. Il est à la fois le « Tangalamena » qui est le chef de la lignée, le « Raiaman­dreny » par excellence, le recteur du clan rattaché au « Fisokina ».

Les offrandes consistent d'abord en une libation de boissons fermentées, dont le « Tangala­mena » arrose le pied du « Fiso­kina » avant d'en avaler lui-même « une plus forte lampée ». L'un de ses collaborateurs dispose sur une natte propre, placée à l'est de la tête de la victime, quelques grains de riz cuit, des rayons de miel dans un bol et une petite fiole de boisson. Telle est la forme la plus usuelle.

Mais dans quelques localités, Analatsara et Fiadanana notamment, une stèle fixe en bois, taillée en prisme carré et creusée d'une cupule à son sommet, sert en permanence à recueillir les offrandes.

Le sacrificateur procède à l'appel des divinités et ancêtres énumérés un par un, puis désigne les différentes offrandes. Pendant tout ce temps, il ne cesse de frapper de sa verge tantôt le bœuf, tantôt le miel, tantôt la boisson fermentée.

« Invocations, offrandes et fustigations souvent véhémentes achevées, la bête est livrée au massacre ».

À l'effusion du sang, les chiens très nombreux qui ont attendu patiemment le rituel du sacrifice, lapent le liquide écarlate tombé au sol, alors qu'il est recueilli dans une longue canne de bambou. On en met sur le « Fisokina ». On en enduit les piliers des cases de quelques notables. On en fera des médicaments, assure-t-on. Parfois, un amateur en emplit son verre pour le boire.

La tête tranchée du bœuf est vidée de sa cervelle, dépouillée de ses organes, de sa chair et de sa peau. Le crâne est sectionné à la hache à la hauteur des fosses nasales, les mâchoires enlevées, la partie occipitale retranchée. Le bucrane est prêt à être empalé sur l'une des pointes du « Fisokina », la concavité tournée vers le ciel...

« Et nul n'y fait plus jamais attention! ».

 

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Samedi 17 mars 2012

L’Express

Publié dans Coutumes, Notes du passé

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