2012-03-20 Les Zafi-Ibrahim, descendants d'Abraham

Publié le par Alain GYRE

Les Zafi-Ibrahim, descendants d'Abraham

 

La présence d'anciens Juifs, sur l'île Sainte-Marie et sur la côte Est de la Grande terre, en particulier dans la province de Fenoarivo-Atsinanana, est attestée par de nombreux auteurs. Alfred et Guillaume Grandidier établissent un tableau comparatif de coutumes hébraïques et malgaches (lire précédente Note). Entre autres, les deux peuples n'ont qu'un seul et même mot pour signifier saint et salé ou masina.

À propos du deuil, les Malgaches ont la volonté absolue d'être enterrés dans le tombeau familial et ils considèrent comme « le plus grand des opprobres » et des malheurs d'en être exclus.

Ils accompagnent les cérémonies funéraires de grands repas. Lorsqu'ils sont en deuil, « ils ne portent que des vêtements sales et vieux, ils ont la tête et les pieds nus, ils se rasent les cheveux et la barbe, ils couchent par terre et ils ne lavent ni ne soignent leur corps ».

Ils ne prononcent plus le nom des personnes mortes. Dans certains groupes ethniques, ils donnent à leurs souverains décédés, un autre patronyme. Et au retour d'un enterrement, les assistants et, en fin de deuil, les parents doivent se purifier par des ablutions lustrales. « À la mort du père, ses femmes passent au fils aîné et le frère hérite de la veuve de son frère ».

Poursuivant leur énumération, les Grandidier affirment qu'à Madagascar comme jadis en Judée, la femme est considérée presque à l'égal de l'homme, mais que la stérilité est pour elle une ignominie.

Les sorciers sont tués à coups de bâton ou lapidés afin d'éviter que leur sang impur ne souille la terre. Comme il est recommandé dans le Talmud, les Malgaches ne jettent pas au vent cheveux coupés ou arrachés, ou les rognures d'ongles. En général, c'est par crainte d'être ensorcelés ou qu'on leur jette un mauvais sort.

De même, les nombres impairs 3 et 7 et le chiffre 12 sont sacrés. L'année est divisée en 12 mois lunaires et la semaine en sept jours. En Imerina surtout, l'on parle des Douze collines sacrées, des Douze épouses royales...

Chez les deux peuples, l'adoption d'enfants est une « pratique habituelle ».

Une jeune fille s'abstient, par ailleurs, de voir son amant lorsque son père ou sa mère est gravement malade. Parallèlement, il est formellement interdit aux parents de regarder la nudité de leurs enfants de l'autre sexe.

Cependant, dans certains cas, les femmes avalent le prépuce enlevé à un enfant pendant la circoncision.

« Un enfant ayant des dents au moment de sa naissance est un présage de malheur pour sa famille».

Pendant le cours de certaines maladies, les malades doivent s'abstenir de relations avec leurs femmes et de certains aliments.

« Certains rois et certaines familles se permettent l'inceste ».

Les chiens et surtout leurs ordures sont réputés immondes tandis que les débiteurs insolvables sont traqués sans pitié. Ils soumettent les inculpés à diverses ordalies, telles celle du tanguin analogues à celle de la coupe des eaux amères des Juifs.

Enfin, « ils donnent le nom de taureau aux hommes forts, puissants (comme les Juifs en Israël) ».

D'après les Grandidier, il existe sur la côte Est de Madagascar diverses légendes qui dérivent des Écritures Saintes. On y trouve aussi quelques descendants de ces anciens Juifs.

Les Tsitambala-Betanimena qui se disent descendants des Zafi-Boraha ou Zafy-Ibrahim, ont été chassés au XVIIIe siècle de Foulpointe, où ils ont mis en valeur le nord de l'Iazeva aux environs d'Ampasindava. Ils ont été refoulés au sud du Iaroka. Au XIXe siècle et début du XXe siècle, les Zanamalata, les enfants des corsaires mulâtres qui les ont vaincus, « tournent encore en dérision les Zafi-Boraha en répandant des quolibets scatologiques qui insultent cette prétendue descendance d'Abraham ».

Le problème est le zèle d'évangélisation, « empressé mais aisément compréhensible », qui a été celui des missionnaires arrivant à Madagascar au milieu du XIXe siècle. Ceux-ci prêtent, en effet, aux populations locales « les idéaux d'un monothéisme de principe que leur ambiance poly démonique surpeuplée de jiny, de biby, de lolo, d' Anakandriana et de sampy (idoles) infirmait très visiblement ».

Et les deux auteurs de conclure: « Cette prétention au surplus entrait en opposition flagrante- eu égard aux doctrines théologiques- avec le souffle divin qui, progressivement, se révèle le moteur de l'histoire sacrée judéo-chrétienne tendue vers l'unité divine ».

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 20 mars 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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