2012-03-22 L'indépendance monétaire en question

Publié le par Alain GYRE

L'indépendance monétaire en question

 

En donnant une conférence de presse le 8 septembre 1973 (Bulletin de Madaga­scar, mars-avril 1974), le ministre des Finances et de l'économie du gouvernement transitoire (1972-75) apporte plus de précisions sur les grandes lignes du discours-programme du général Gabriel Ramanantsoa, une semaine plus tôt (lire précédente Note).

 

 

 

Q- À quel type de pays le gouvernement envisage-t-il de s'adresser pour obtenir une aide extérieure ?

R- Il a toujours été dit et redit que nous acceptons toutes les aides qui nous sont offertes à condition que celles-ci ne nous lient d'une façon ou d'une autre, qu'elles ne viennent nous détourner de notre objectif final, qu'elles ne mettent pas en danger notre souveraineté nationale. C'est pourquoi, outre la France, nous nous sommes adressés à des pays aussi divers que la Chine populaire, les USA, l'URSS, le Japon...

Q- Comment sera fixée la parité du franc malgache et quelles sont les mesures prises pour défendre cette parité Prévoyez-vous de remplacer les signes monétaires actuels (billets et monnaies) ?

R- Une nation indépendante fixe souverainement la parité de sa monnaie, ceci en fonction de la situation économique du pays. Si cette parité est fixée trop haut, elle aura pour conséquence d'augmenter nos prix à l'exportation et de les rendre non compétitifs. À l'inverse, si la parité est fixée trop bas, elle renchérira les prix à l'importation. Pour ce qui est de la monnaie, elle repose surtout, primo, sur le niveau de nos réserves extérieures. Pour dissiper tout malentendu, je précise qu'ayant choisi l'indépendance monétaire, il ne s'agit plus pour le gouvernement de faire partie d'une zone monétaire quelconque. Le niveau atteint par nos réserves extérieures (16 milliards FMG soit l'équivalent de quatre à cinq mois d'importation) suffit amplement pour défendre la valeur externe de notre monnaie. Secundo, le niveau des prix intérieurs et du pouvoir d'achat de notre monnaie. En effet, si les prix augmentent, le pouvoir d'achat de la monnaie diminue et la confiance en la monnaie disparaît. D'ores et déjà, un plan anti-hausse est mis en place: fixation des marges reconnues aux intermédiaires, importation pour un temps très court des produits de première nécessité dont la fabrication n'est pas encore assurée sur place, organisation du crédit comme facteur d'incitation à la production. En ce qui concerne les nouveaux billets de banque, seule la loi en autorise l'émission.

Q- À propos de l'appel du général Ramanantsoa pour que tous investissent ensemble leurs économies respectives pour le développement, comment l'État s'y prendra-t-il pour collecter cette épargne ?

R- Que cette épargne soit publique ou privée, il s'agira d'élargir la gamme des modes de placement pour répondre davantage à la variété des convenances particulières et d'offrir des conditions suffisamment attrayantes alliant rentabilité et sécurité. C'est dans ce but qu'ont été créés les bons du Trésor et plus récemment, les bons d'Équipement. Ce dernier mode de placement, limité pour le moment aux banques, sera étendu à l'ensemble des entreprises puis aux particuliers. Mais il ne suffit pas de collecter l'épargne,il faut l'utiliser à bon escient. C'est pourquoi un Fonds unique centralisera toutes les disponibilités collectées, qu'elles appartiennent aux particuliers, aux entreprises, aux organismes publics et semi-publics, aux collectivités locales. L'objectif final étant l'utilisation optimale des fonds, l'État déterminera seul les modalités: financement de projets d'intérêt général mais à rentabilité suffisante, intervention directe dans les secteurs prioritaires...

Q- Comment combler le manque à gagner consécutif à la baisse prévisible des recettes fiscales à la suite de la réduction des transactions et du départ des étrangers ?

R- Un système fiscal est généralement le reflet d'une structure économico-politique donnée. Dès que surviennent des mutations de structures, il faut repenser le système pour l'adapter à la nouvelle situation. Il est donc possible qu'entretemps, les recettes fiscales enregistrent un fléchissement plus ou moins accusé, mais en tout cas provisoire.

Q- Quid de la Société nationale des investissements ?

R- La SNI sera fusionnée avec la Banque nationale de Madaga­scar. Il va sans dire que le problème des placements de la SNI dans les sociétés privées sera réexaminé dans le cadre de cette fusion. Il en sera de même des souscriptions individuelles des fonctionnaires. En tout cas, je puis vous révéler qu'un projet d'ordonnance rendra bientôt cessibles les actions SNI détenues par les fonctionnaires et agents de la Fonction publique. Seul l'État pourra se porter acquéreur de la totalité de ces actions. Il procèdera à leur remboursement par paiement échelonné.

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 22 mars 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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