2012-03-30 Des « tobim-panjakàna » pour soutenir la monnaie

Publié le par Alain GYRE

Des « tobim-panjakàna » pour soutenir la monnaie

 

La Banque centrale de Madagascar est fondée le 12 juin 1973 par l'ordonnance

73-025. Dix jours plus tard, une audience solennelle de la Cour suprême se tient le samedi 23 juin, pour la prestation de serment de son gouverneur, Léon Rajaobelina. Ce dernier a été, entre autres, administrateur du Fonds monétaire international de 1966 à 1972 représentant les pays de l'OCAM, la Mauritanie, la Guinée équatoriale, le Mali, le Congo et le Zaïre, et de 1972 à 1973, directeur général de l'Économie et des finances, président de la Société d'énergie de Madagascar, président de la Banque malgache d'escompte et de crédit, et censeur de l'Institut d'émission malgache.

À partir de ce mois de juin donc, la BCRM est à pied d'œuvre. « Mais encore faut-il que ses coffres-forts abritent des réserves suffisantes et constantes de devises étrangères et d'or pour que soit solidement garantie la convertibilité de la monnaie nationale, le FMG » (Georges Ramamonjisoa, Bulletin de Madagascar, septembre-octobre 1973).

Comme les gisements aurifères de l'île, alluvionnaires et filoniens, ont loin d'être épuisés malgré une exploration anarchique des meilleurs gites, le gouvernement Ramanantsoa prend deux décisions. Il confirme que l'or est un bien national qu'il faut protéger contre les trafiquants et qu'il faut l'exploiter de manière plus rationnelle et donc plus rentable, par la création de « tobim-panjakana », chantiers ouverts pour le compte de l'État.

Le premier « toby » est celui de Masoakomena le 9 juillet 1973. Dans son discours à l'occasion de l'inauguration du chantier, le ministre de l'Économie et des finances, Albert-Marie Ramaroson explique que « la mise en exploitation du gisement de Masoakomena constitue la première étape d'une entreprise annoncée récemment par le chef du gouvernement et qui visera l'exploitation rationnelle des richesses du sous-sol malgache grâce au travail et aux efforts que permettra la nouvelle restructuration du monde rural ». Et de préciser: « Le gouvernement a décidé d'exploiter tous les gisements encore disponibles dans l'île ».

L'exploitation devra se faire par le biais de la collaboration entre les orpailleurs locaux, les Fokonolona, les jeunes travailleurs volontaires, le Service civique et le service des mines.

« Seul l'État a le droit d'acheter tout l'or extrait du sous-sol malgache ». Un sévère avertissement est adressé aux trafiquants d'or:

« Dorénavant, nous sévirons avec la dernière rigueur contre tout étranger qui continuera d'enfreindre nos lois ».

Le ministre Ramaroson revient sur les mêmes propos le surlendemain, devant les étrangers qu'il réunit à Marovoay. Après avoir rappelé la raison d'être des « tobim-panjakana » qui est l'exploitation des richesses naturelles pour atteindre l'indépendance économique, il prévient les « malintentionnés » contre divers actes, notamment le sabotage ou l'incitation des ouvriers malgaches à détourner l'or.

« Pourquoi tiens-je à vous le redire Parce que toutes les fois que le gouvernement crée quelque chose au profit des Malgaches, ce sont les étrangers qui sont les premiers à chercher à en tirer avantage. Désormais, il n'en sera plus ainsi ».

Le 26 juillet, Albert-Marie Ramaroson inaugure à Tsinjoarivo-Ambatolampy, le second chantier d'exploitation aurifère.

Devant ce projet, certains croient à l'épuisement des gisements aurifères. En effet, l'époque n'est plus où Jean Laborde, ac­compagnant Ranavalona 1ère dans une partie de chasse aux zébus sauvages à Manerinerina en 1845, ramasse au sol un morceau de minerai d'or, l'époque où trois prospecteurs de l'Andavakoera produisent une demi-tonne d'or en 1907, l'époque où l'on dé­couvre une pépite pesant 421kg dans les alluvions de la Mahajamba en 1939.

Pourtant, les techniciens des mines sont formels: l'or existe encore dans la Grande île. « La population a exprimé à diverses reprises son inquiétude devant la baisse de la production de l'or. Il ne semble pas qu'une exploitation industrielle soit possible actuellement. Mais le développement de l'exploitation artisanale est désirable » (rapport 1961).

Adoptant ce point de vue, les précédents dirigeants adoptent l'ordonnance 60-174 pour créer une exploitation à caractère coutumier en donnant aux habitants d'une commune le quasi-monopole de l'orpaillage dans leur circonscription. Ils se rassemblent dans des Groupements de recherches et d'exploitation aurifères (Grea). Des sanctions sévères sont prévues à l'encontre des trafiquants. Pourtant, les résultats enregistrés sont peu spectaculaires.

 

Pela Ravalitera

 

Vendredi 30 mars 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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