2012-04-05 Notes du passé: Corruption, peine capitale et grâce

Publié le par Alain GYRE

Corruption, peine capitale et grâce

 

Dans son Mémoire sur Madagascar à la suite d'un séjour situé vers 1750, l'Auteur Anonyme (AA) comme le désigne Barthélémy Huet de Froberville dans son « Grand dictionnaire de Madagascar », aborde également les lois et les usages des peuples qui y vivent (lire précédente Note).

« La forme du gouvernement établi chez les naturels de Madagascar est peu étendue et a beaucoup de rapport dans toutes les parties de l'île ». AA distingue cependant les Zafiraminia, les Hova (pour Merina) et les Sakalava qui ont des règles particulières, indépendamment des lois générales. Principalement en Imerina où les Grands du royaume comme les simples chefs de village rendent la justice.

En règle générale, le meurtre est puni de la peine capitale, « mais il arrive parmi ces peuples comme parmi beaucoup d'autres que les parents du criminel l'arrachent des mains de la justice, soit par leur crédit soit par des présents ». D'après AA, si le coupable doit toutefois mourir, les chefs et les notables se réunissent pour le condamner à être « sagayé ». C'est un de ses parents qui porte le premier coup. Dans certains endroits, on coupe la tête du condamné et « on l'expose ensuite au bout d'une pique ».

AA affirme avoir vu des chefs faire eux-mêmes office d'exécuteur des hautes œuvres. En 1772, un habitant de Fenoarivo-atsinanana tente d'assassiner son épouse de plusieurs coups de sagaie. Arrêté, le coupable avoue son crime espérant obtenir sa grâce, sa femme n'étant pas mortellement blessée. Il ne peut néanmoins sauver sa tête.

« On l'attacha par le cou et par le milieu du corps à une potence. Betzamiel, chef de Fénérife, s'approcha de lui et après lui avoir reproché son crime lui enfonça dans la poitrine un couteau de bûcheron qu'il y laissa ». C'est le signal de l'hallali et chacun de lui asséner un coup jusqu'à ce qu'on lui coupe la tête et qu'on l'expose au bout d'une pique. On brûle le corps et ses cendres sont éparpillées.

Toujours selon AA, là où il y a un grand chef reconnu comme roi, tel en Imerina, c'est lui qui prononce l'arrêt de mort ou qui gracie le criminel. Si l'accusé ne reconnaît pas le crime et qu'il n'est pas pris sur le fait, la seule déposition des témoins n'est pas suffisante pour le condamner à la peine capitale. Il doit alors passer par l'épreuve du tanguin. S'il n'en meurt pas, il est déclaré innocent. « Mais il arrive encore que l'on gage celui qui prépare le poison dans la coupe, et le coupable sort triomphant et absous ».

Dans certaines régions, on pratique l'épreuve du fer rouge. Cette sorte d'épreuve est d'usage notamment dans le Sud, chez les Antatsimo. « Lorsqu'un homme est prévenu de délit, on lui passe un fer rouge sur la langue; s'il n'est pas brûlé, il est déclaré innocent, dans le cas contraire reconnu coupable et puni comme tel ». Cette épreuve se nomme « lelabi » (langue de fer).

Le vol et tous les autres délits sont d'ordinaire punis par des amendes. Dans quelques endroits, le voleur est condamné à donner en nature le double de ce qu'il a pris et faute de moyens, il est fait esclave et vendu. De même, le débiteur qui n'arrive pas à rembourser sa dette, est lui aussi condamné à devenir l'esclave de son créancier. Souvent, sa famille aisée le rachète. Dans le Nord, celui qui vole du riz ou un bœuf devient l'esclave de sa victime. Et ceux qui sont prouvés pour être ses complices, subissent le même sort.

Celui qui est pris en adultère est obligé de donner un esclave (ou un bœuf comme en Imerina) au mari de la femme qu'il a débauchée. Sinon il reste de droit l'esclave de l'offensé. Et s'il s'agit de l'épouse d'un chef, l'homme est condamné à lui donner cinq escla­ves. Faute de quoi, il perd la vie.

AA s'étonne par ailleurs qu'à Madagascar, l'union légitime se fasse sans cérémonie religieuse avant d'aborder le divorce. Dans ce cas, si c'est le mari qui répudie sa femme, celle-ci peut garder la dot qu'il lui a offerte au moment du mariage, mais si c'est la femme qui rompt le contrat, elle doit tout rendre.

Enfin, la polygamie est permise partout, sauf dans le Nord où « il n'y a guère que des chefs à avoir plusieurs femmes. Ils y mettent un certain orgueil. La grandeur et la dignité se mesurent sur le nombre, comme il se voit surtout dans le Sud chez les Zafiraminia ».

Parallèlement, le concubinage n'est pas rare dans le Nord. Les jeunes gens ont pour la plupart plusieurs concubines. Lorsque l'une d'elles tombe enceinte, ou meurt en couche (ou pendant sa grossesse), « la loi condamne celui qui est réputé de l'enfant à donner deux esclaves à la famille de la défunte, ou la valeur en bœufs, et un esclave s'il n'y a que l'enfant qui meurt ».

 

Pela Ravalitera

 

Jeudi 05 avril 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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