2012-07-23 Assurer une meilleure relève des sportifs

Publié le par Alain GYRE

Assurer une meilleure relève des sportifs

Peu de temps après l’arrivée des troupes françaises, les disciplines sportives font leur apparition dans la Grande île. Les premières manifestations se déroulent à Antananarivo, sur l’emplacement qui est devenu la plus belle arène sportive de Madagascar : le stade de Mahamasina. Courses de bicyclettes et de chevaux s’y disputent et en 1905, on y voit le rugby joué par des équipes de l’infanterie de marine. En 1908, sous l’impulsion de quelques gymnastes militaires, la gymnastique aux agrès, les poids et haltères ainsi que l’athlétisme connaissent une certaine vogue.
Le public malgache vient régulièrement et très nombreux assister à ces compétitions et dès 1910, un administrateur forme la première équipe malgache de rugby. Dans la capitale, quatre autres clubs se constituent : un club mixte, deux clubs malgaches et un club européen. En 1933, ils sont au nombre de 9 et se sont regroupés en une fédération. Celle-ci, omnisports, prend en main le développement du sport dans la Grande île, organise les premières rencontres interprovinciales et les différentes populations qui s’ignorent- « pour ne pas dire plus » (R. Erhel, commissaire général aux Sports)- viennent se mesurer en joutes amicales et sportives autour du ballon rond.
Alors que d’autres sports (basket, volley, boxe, tennis, cyclisme, tennis, athlétisme) se développent, le football connaît, quelque temps plus tard une crise de croissance qui se traduit par une pénurie de dirigeants et d’entraîneurs. La Fédération omnisports ne peut plus suffire à la peine et au règlement des nombreux litiges qui sont soumis à son arbitrage.
La création du Service des sports et de la jeunesse avec un commissaire général et cinq provinciaux, devra permettre d’organiser peu à peu chaque discipline et d’aboutir en 1951 à la création de ligues sportives reliées aux fédérations françaises. Les clubs sportifs malgaches se trouvent désormais rattachés à la grande famille internationale grâce aux rencontres avec les pays voisins (Kenya, Maurice, Rhodésie, Mozambique, La Réunion. Ils sont déjà bien lancées dès 1947 avec Maurice et La Réunion, et depuis 1951, avec le Kenya. Les sportifs malgaches ont besoin de pouvoir prendre la mesure de leur valeur ; ils ne peuvent le faire qu’en se confrontant à l’autres sportifs de l’océan Indien, ou même de la Métropole. Ils se rendent compte, dès lors, du travail qui pourra leur être demandé pour atteindre la classe sportive internationale.
Les jeunes sont tout disposés à suivre le rythme, comme le prouve le succès des sports scolaires. L’Office du sport scolaire et universitaire, créé en 1947, répand cette discipline dans toutes les écoles rurales. Partout, il existe un stade car, en quatre ans, Madagascar voit fleurir 41 stades complets (foot, athlétisme), 120 terrains de foot, 50 de basket, 33 de volley, 50 de tennis, 24 bassins de natation, et au moins les jeunes les utilisent.
Les championnats scolaires qui englobent presque toutes les disciplines, dont l’escrime, la boxe, le tennis, se disputent à l’échelon provincial, puis national, au cours d’une Quin­zaine sportive qui regroupe à Antananarivo les champions des 5 provinces. Cette pépinière de jeunes champions, bien encadrés par leurs instituteurs qui, eux aussi, se perfectionnent au cours de stages spéciaux, devra procurer, quelques années plus tard, un changement d’orientation des clubs civils.
« Le reproche que nous pouvons faire à ces derniers, c’est de se contenter purement et simplement du seul résultat en championnat. Certes, les clubs sont nombreux, mais ils comprennent deux équipes au maximum et souvent une seule. Rien n’y est fait pour les jeunes, on n’y prévoit pas l’avenir et nous voyons trop de joueurs chevronnés s’essouffler sur un terrain qu’ils auraient dû céder aux jeunes depuis longtemps ».
Les sportifs scolaires devront en constituer une solution. Une aide importante est apportée par le Commissariat général aux grands clubs omnisports qui font pratiquer plusieurs disciplines, non seulement par les seniors, mais aussi par les juniors, les cadets, les minimes. Car « il ne faut surtout pas oublier que le mouvement sportif d’un pays ne doit pas être exclusivement basé sur les compétitions. Au grand stade de compétition avec tribunes, nous préférons le stade d’entraînement où la jeunesse malgache viendra pour jouer, pour dépenser ce besoin d’activité physique ».
La politique des sports se résume ainsi en sports scolaires d’abord, puis en incorporation progressive.

Pela Ravalitera

Lundi 23 juillet 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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