2012-07-30 Le calvaire de l'épouse par héritage

Publié le par Alain GYRE

Le calvaire de l’épouse par héritage

S’il existe des relations particulières entre le mari et le (ou les) frère(s) de sa femme, dans certains clans tsimihety et sakalava, on en remarque aussi entre le mari et ses belles-sœurs. Mais elles ne peuvent être assimilées aux premières. La femme, en effet, est toujours une épouse éventuelle, du moins lorsqu’elle est de même classe d’âge et « ce fait semble avoir influé pour leur refuser la qualité de parentes à plaisanterie » (Hebert, « Études d’ethnologie juridique »).
Cependant, avec les sœurs de son épouse, un homme a le droit de badiner s’il s’agit de cadettes. Car l’aînée de la famille doit être, au contraire, respectée, tandis que les cadettes ont une vocation éventuelle au mariage. Du reste, chez les Tsimihety, pour échapper à la répudiation et permettre à son mari d’avoir « une lignée indispensable à la continuation du culte familial », la femme stérile tolère, sinon va jusqu’à offrir à son mari, en qualité de concubine, sa sœur cadette ou encore sa nièce.
Les relations sexuelles avec les belles-sœurs sont tolérées même si l’épouse ne donne pas expressément son accord. C’est ainsi qu’Alfred et Guillaume Gran­didier écrivent : « Sont autorisées à Madagascar les relations sexuelles d’un homme avec les sœurs et les cousines non mariées de sa femme, et avec les femmes de ses frères et de ses cousins ». D’après Hébert, la réciproque est également vraie.
Toutefois, ces affirmations excessives dans leur généralité, doivent être tempérées par le principe que « ce qui est permis n’est cependant pas la règle ». Ainsi, avec la femme de son frère, un homme peut aussi se permettre certaines plaisanteries, sans qu’il y ait à proprement parler relations à plaisanterie. Dans ce cas aussi, la belle-sœur est une épouse éventuelle.
Jadis, dans la plupart des ethnies malgaches, en cas de décès du mari, la veuve est obligatoirement mariée au frère de son mari décédé ou, à défaut, au cousin le plus proche. Chez les Merina, cette institution porte le nom de « entin-doloha » (charge sur la tête). « C’était un droit et une obligation pour le frère d’épouser la veuve de son mari », affirme Frotier de la Messelière (« Du mariage en droit malgache »).
À l’origine, cette obligation semble avoir été strictement impérative, ainsi qu’il en résulte du proverbe merina : « Mandeha tsy fidiny ohatra ny zaobavim-boka » (aller contre son choix comme la belle-sœur d’un lépreux) ! Par la suite, des atténuations sont apportées au principe. S’il y a incompatibilité entre la veuve et son second mari/beau-frère, ce dernier peut remercier sa femme, divorcer, en se conformant à la coutume. Ce n’est qu’après cette formalité que la veuve devient libre de sa personne et peut se remarier hors de la famille de son défunt mari.
En principe, la veuve est considérée malheureuse, laissée à l’abandon par son époux décédé. « Elle était tenue d’accepter l’union ; la seule liberté qui lui était permise, était de choisir parmi ses beaux-frères celui qui lui agréait le plus ». Cette coutume est abolie par l’article 52 du Code des 305 articles qui dispose ainsi pour les Merina : « Les mari­ages ne peuvent plus être forcés entre beaux-frères et belles-sœurs si telle n’est pas la volonté des intéressés ».
Cette même coutume existe en droit tsimihety. Le nom de « vady lova » (épouse par héritage) y est donné à la veuve. Mais elle ne semble pas exister en pays sakalava, « où les mœurs correspondent à des principes plus individualistes que communautaires ».
En ce qui concerne la femme du beau-frère dénommé « ra­vetro » en sakalava, elle ne participe pas à la qualité de parente à plaisanterie dont bénéficie pourtant son mari. Néanmoins, avec elle certaines familiarités qui peuvent aller jusqu’aux relations intimes, sont permises, ainsi qu’en fait foi ce proverbe sakalava: « Ravetro tsy faly, fa tamby valia » ; c’est-à-dire : la femme du beau-frère n’est pas taboue, mais on respecte l’union. Cela signifie que l’on s’abstient de rapports dont le mari pourrait prendre ombrage. Ce proverbe se termine par cette autre phrase : « Rafoza tsy faly, fa anany an-trano ». Autrement dit, la belle-mère n’est pas taboue, mais son enfant est dans la maison. Évidemment, il ne faut pas tout prendre à la lettre.

Pela Ravalitera

Lundi 30 juillet 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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