2012-07-31 Pleurs et liquidations, les suites d'un régicide

Publié le par Alain GYRE

Pleurs et liquidations, les suites d’un régicide

Panique, c’est le terme qui exprime le mieux le sentiment de la population quand les Grands du royaume et les officiers du Palais lui annoncent la mort de Radama II. Décès présenté comme « un suicide » dû à la disparition de ses « mignons » (lire Note du 5/07/12). Ils lui font aussi part de l’accession de la princesse Rabodozanakandriana au trône sous le nom de Rasoherimanjaka.
On demande donc au peuple de boire le
« vokaka », terre prise sur le tombeau des rois, mélangée à de l’eau et bue au cours d’une prestation de serment de fidélité, et de sacrifier le bœuf rituel. Mais le peuple, effrayé, se disperse et s’enfuit. De même que les quelques Menamaso qui ont pu échapper au massacre. La chasse est cependant toujours ouverte et les soldats tuent 32 personnes dont on ne sait trop le degré d’affiliation avec ce club de jeunes débauchés. Finalement, seuls le Premier ministre Rainivonihatriniony (Raharo), ses partisans conservateurs et les officiers du Palais boivent le « vokaka », tandis que le sacrifice du bœuf se déroule dans l’enceinte du Rova.
Entre-temps, les dames de la Cour et les jeunes princes qui ont beaucoup apprécié le roi, pleurent sa mort. Mais en cachette. Toutefois, l’une d’elles, Rafaramanjaka dévoile la pensée de tous en prévenant la reine : « Malheur à toi. Tu as tué le roi, cela te portera malheur même si aujourd’hui tu es heureuse. » Rasoherina dénie toute implication dans ce régicide, mais la fait pourtant garder « pour qu’elle ne pleure plus » !
Quand les habitants de l’Imamo, à l’Ouest d‘Antananarivo, apprennent à leur tour que Radama II,
« dit-on », a été étranglé, ils s’en attristent et pleurent le roi qu’ils ont beaucoup aimé. Et ils tardent à quitter le deuil au goût de la reine- ce qu’elle considère comme un signe de révolte- et au bout de cinq mois, elle leur envoie une troupe armée pour « pacifier » leur pays :
2 300 hommes sont tués et leurs femmes et enfants sont traînés jusque dans la capitale pour devenir des esclaves que le Premier ministre offre à ses proches et ses partisans.
En 1864, la reine et le Premier ministre dépêchent une autre troupe armée dans le Vakinankaratra, dont la population s’est aussi indignée du piège dans lequel on a fait tomber le roi pour le tuer : 150 hommes doivent être arrêtés « parce qu’ils veulent toujours que Rakoto-Radama règne » ! Comme ils sont prévenus à temps, seul l’un d’eux est saisi. Un cousin du roi, Ramonta, est aussi devenu l’ennemi juré de la reine, et est assassiné dans sa résidence, parce que non seulement « il ressemble à Radama » et Rasoherina ne veut plus le voir, mais surtout « dans l’ordre de succession, le trône aurait dû lui
revenir ».
Quelque temps plus tard, les relations entre la reine et son Premier ministre commencent à se détériorer. La même année 1864, alors qu’avec leur suite ils vont en villégiature à Ambohimanga, des affrontements entre les soldats et la population risquent d’exploser. En même temps, Raharo se dispute avec son ancien collègue, Rainijohary qu’il finit par souffleter. Celui-ci, alors qu’il était co-Premier ministre, a voulu faire régner Ramboasalama, neveu de Ranavalona 1ère qu’elle a d’abord destiné à sa succession avant la naissance du prince Rakoto. Le complot dévoilé, Radama II, généreux, l’a placé avec Ramboasalama et 39 partisans en résidence fixe à Ambohimanga.
Nul ne sait ce qui se passe entre les deux personnalités. En tout cas la situation devient chaotique. D’autant que la mort de Radama II n’anéantit pas la Charte Lambert. Raharo se trouve alors confronté à son frère Rainilai­arivony qui, convoitant sa fonction, ne le ménage pas et lui reproche d’avoir contresigné la Charte. Il l’évince bientôt auprès de la reine qui désavoue publiquement Raharo, le 14 juillet 1864.
Mais ce dernier ne s’avoue pas vaincu. À nouveau, il s‘entoure de quelques partisans pour fomenter une révolution de palais. Son frère a tôt fait d’éventer le complot. Le 18 février 1865, la population, stupéfaite, le voit enchaîné, en route pour son exil à Ambohi­dranandrina-Antsirabe. Trois ans plus tard, toujours plein d’esprit de vengeance, il trempe dans un autre complot. Alors que la reine se meurt à Amboditsiry, une résidence de Rainilaiarivony, quelques anciens partisans de Raharo ourdissent une autre révolution de palais pour mettre sur le trône un neveu de Radama II, Rasata, avec lui comme Premier ministre. Une fois encore, c’est l’échec et Raharo est relégué à Ambohimandroso, le 5 mai 1868.

Pela Ravalitera

Mardi 31 juillet 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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